Karin Et David - Louisiane

lundi, le 13 mars 2006, 20h00

En rouge et blanc

m a première expérience avec la Croix Rouge...

Attention ! Pas n’importe quelle Croix Rouge... la « American Red Cross » ! Comme toute grande administration, il faut faire attention à la dénomination exacte.

Mon histoire commence en novembre 2005. Il était une fois...

n ovembre 2005
Etant donné que j’avais décidé d’arrêter le cours d’anglais bidon et que je voulais plutôt apprendre l’anglais « on the field » (« sur le terrain » comme dirait Jean-Claude), je me suis dit que faire du bénévolat était la meilleure manière. Et puis, il ne faut pas oublier que je n’ai pas le droit de travailler cette année !

Je m’étais renseignée au sujet du volontariat à Lake Charles, et bien sûr, la réponse sur toutes les lèvres était : les églises ! J’ai bien cherché et j’ai quand-même trouvé une association (j’en ai trouvé d’autres par la suite) qui ne dépend pas directement d’une église. Je n’ai pas mené d’enquêté approfondie concernant ses donateurs, ce sera pour plus tard. Mais dans un premier temps, je trouve cette organisation très bien. En plus, c’est cette même organisation qui nous a aidés lors de l’évacuation Rita. Je leur dois bien ça, non ? Je leur consacre 2 à 3 jours/semaine (ben oui, je dois encore avoir le temps de faire les autres choses qui m’intéressent).

Le 1er décembre, j’ai donc eu une discussion avec la responsable des volontaires pour la Croix Rouge de Lake Charles. Afin de pouvoir faire partie de cette grande famille, j’ai dû suivre un cours. Le cours était une introduction aux services des désastres et aux soins des masses. Les activités de la petite section de la Croix Rouge à Lake Charles se concentrent sur ces deux sujets. Et qui m’a donné ce cours ? La télé ! J’ai regardé deux vidéos et ensuite répondu à un questionnaire à choix multiple. Et voilà, je fais partie de cette famille rouge et blanche !

En décembre, il n’y avait « pas grand chose » à faire à la Croix Rouge, m’a dit la responsable des volontaires, donc, j’ai attendu le mois de janvier pour me re-manifester. De toutes façons, le mois de décembre a été assez court étant donné que les vacances scolaires commençaient déjà le 17 décembre.

Janvier 2006
Je retourne dans le petit bâtiment de plain pied, fenêtre de façade fissurée, le plafond en frigolite en décomposition par ci par là, et les bruits de tir étouffés. Eh oui, le bungalow de la Croix Rouge partage un de ses murs avec le club de tir. Serait-ce fait exprès ? Au cas où il y aurait une petite bavure ? ;-)

Je me présente auprès de la nouvelle responsable des volontaires qui ne sait pas trop quoi me donner comme boulot étant donné que je lui ai demandé de ne pas faire du boulot de bureau. Elle a quand-même la bonne idée de demander à un collègue du bureau national qui « traînait » dans les couloirs.
Suite aux ouragans Katrina et Rita, la Croix Rouge au niveau national s’est mobilisée, c’est-à-dire que des équipes de volontaires de tous les Etats-Unis sont venus en Louisiane pour aider les bureaux régionaux.
Donc, cette gente dame demande à son « collègue » et il me dit qu’ils ont toujours besoin de personnel pour entre autres distribuer de la nourriture dans la paroisse de Cameron (paroisse = comté). C’est la paroisse au sud de Calcasieu (dont Lake Charles fait partie), qui a été quasi complètement « soufflée » par Rita et également inondée.

Je saute sur l’occasion, et je dis que ça m’intéresse. La Croix Rouge avait commencé la distribution dans le courant du mois d’octobre, je crois. Dès que les routes le permettaient, la Croix Rouge nationale s’est organisée. Donc, j’aurais déjà pu commencer à bosser en novembre...
Le lendemain je téléphone au responsable national de cette mission et j’ai rendez-vous avec l’équipe quelques jours plus tard à 8h30. « Et n’oublie pas de mettre de bonnes chaussures, style bottines de marche ! » Ça roule !

Le principe est simple : on distribue des repas aux habitants de la paroisse de Cameron !

Et en détails, ça donne ça :
8h30 Rendez-vous des volontaires nationaux au bureau de Lake Charles
9h00 Départ par équipes de deux ou trois personnes pour différents endroits de la paroisse. On vérifie qu’il y ait suffisamment de boissons et en-cas (généralement des biscuits) à bord de la fourgonnette et chaque équipe se met en route.
9h15 Une dernière halte chez le traiteur de Lake Charles. Nous chargeons la nourriture chaude à bord de nos fourgonnettes respectives, sans oublier les sacs de glaçons pour les glacières, et nous sommes enfin prêts à partir.
9h30 Me voilà assise à l’arrière, le chauffeur et son convoyeur assis à l’avant. Ça secoue, ça fait du bruit, ça n’avance pas très vite non plus, j’essaie quand-même de ne rien rater du paysage désolant (mais ça me donne un torticolis étant donné que je suis assise dos au sens de conduite et que la fenêtre se trouve sur le côté) et en plus j’ai toutes les odeurs de petits pois, spaghettis et maïs qui agressent mes narines. Et quand le chauffeur freine brusquement, j ‘ai intérêt à lever les jambes pour éviter qu’un des conteneurs à nourriture ne m’écrase les tibias. Je les appellerai des « thermos boxes », c’est comme des galcières mais pour le chaud, c’est joli, non ?

10h30-11h00 On arrive à l’endroit de distribution. Certains jours, des personnes font déjà la file à cette heure. Mais bon, on doit d’abord installer les « thermos boxes », les surélever dans la fourgonnette afin de ne pas se péter le dos, mettre des gants en caoutchouc (hygiène oblige), distribuer les rôles, aller pisser un coup dans les toilettes chimiques (il n’y a que très peu de canalisation et d’égouts qui ont survécu à Rita) et nous voilà fin prêts à servir entre 100 à 250 plats en +/- 2h.

11h30 C’est la fête ! On remplit des boîtes en frigolite avec des compartiments, et c’est parti pour le boulot à la chaîne. Chris, à la fenêtre, demande combien de plats le « client » désire et nous passe la commande. Ned et moi remplissons les boîtes de frigolite pendant que Chris prépare les en-cas. Nous plaçons les glacières remplies de sodas et eau à l’extérieur de la fourgonnette. Les gens n’ont qu’à se servir.

Les deux hommes avec lesquels je travaille le premier jour sont vraiment sympas, ils sont originaires l’un de l’état de New York et l’autre du Michigan. Et nous discutons beaucoup et rigolons bien. Ils sont tous les deux à la retraite : un ancien instit’ (ils sont vraiment partout, je ne suis jamais à l’abri ;-) et un ancien garde-forestier reconverti en manutentionnaire et qui aujourd’hui fabrique du sirop d’érable avec toute sa famille.

Les bénévoles américains engagés depuis l’ouragan Katrina travaillent généralement 3 semaines consécutives et puis, peuvent rentrer chez eux. Certains rentrent une semaine et repartent aussi sec. Des bénévoles m’ont raconté que ça faisait 2 ou 3 mois qu’ils étaient en Louisiane et étaient rentrés une ou deux fois chez eux. Même si on a la fibre « j’aide mon prochain », ce n’est pas toujours facile. Les bénévoles logent à l’hôtel, souvent à deux par chambre, ils ont droit à un jour de repos par semaine, mais où sont-ils censés aller sans leur propre voiture et dans une zone sinistrée ? Enfin, pour les bénévoles à Lake Charles, ils pouvaient louer une voiture ou en emprunter une à la Croix Rouge. Disons que pour des retraités le boulot et le peu de repos sont assez usants. Il n’y a pas que des retraités parmi les bénévoles, il y a aussi beaucoup de gens « entre deux jobs », m’a-t-on raconté. Moi, je n’en ai pas vu beaucoup.

Où en étais-je ?
Ah oui, la distribution de nourriture.
Le 28 janvier était le dernier jour de distribution de nourriture par la Croix Rouge dans la paroisse de Cameron. Différentes raisons ont mené à cette décision : la majorité des gens que nous nourrissions étaient des ouvriers de chantier ou des contractuels (Texans, Mexicains etc.), il n’y avait que très peu (+/- 20%) d’habitants de la paroisse que nous réussissions à sustenter étant donné que beaucoup d’habitants ont perdu leur maison et habitent maintenant dans d’autres villes de Louisiane ou des Etats-Unis (généralement chez des amis ou famille). La région a aussi été fermée pendant très longtemps aux habitants, les routes étaient impraticables. Et une fois les routes dégagées, il fallait ré-installer l’électricité. Et ne parlons même pas des égouts. C’est toute une région qui doit se relever. Malgré les Texans et les Mexicains, la main d’œuvre manque cruellement. Les travaux de reconstruction n’avancent pas comme tout le monde le souhaiterait.

Les paysages qui s’offrent à nous, là en bas, sont désolants et déprimants. Malgré cela, certaines personnes ont la force, la volonté ou une bonne assurance et déblayent tous les jours... du matin au soir ! Certains n’ont pas pu se reloger et au lieu de se retrouver dans les abris, ont fait la demande auprès d’un organisme national (la FEMA) pour avoir un générateur pour faire fonctionner leur système d’air conditionné (début octobre il faisait encore chaud et humide). Ils ont rebouché les trous dans leur maison, d’abord eux-mêmes, avant de recevoir quelque aide que ce soit.

Les ouvriers logent pour la plupart à Lake Charles ou bien dans des parcs de caravanes et/ou mobilhomes. La FEMA s’est également installée sur place, dans un grand champ. Ils ont apporté leurs bureaux, leurs antennes, leurs tentes et caravanes.

En janvier, j’ai vu une famille nombreuse qui n’avait toujours pas d’électricité et utilisait encore le générateur pour se chauffer et parfois cuisiner, mais les plats chauds étaient rares.
La majorité des résidents qui sont retournés dans la paroisse de Cameron, ont installé leur caravane ou emprunté une caravane de la FEMA et vivent à l’emplacement de leur maison, tout en reconstruisant celle-ci.
Les égouts ne fonctionnent pas pour la plupart. Il y a des toilettes chimiques un peu partout. J’en ai testé plus d’une et elles sont généralement propres, ouf !
Les gens qui vivent dans des caravanes doivent aller vider régulièrement leurs eaux usées dans des parcs « dépotoirs ». Il y a aussi quelques déchetteries qui ont vu le jour dans cette région. Quand nous voyons les énormes tas de déchets, on se dit que tout ça pourrait bien servir à construire des digues, non ?

Une autre raison pour laquelle la Croix Rouge arrête la distribution de nourriture est qu’elle ne veut et ne peut pas concurrencer les entreprises locales. En effet, un petit magasin et un snack bar se sont ouverts dans le courant du mois de janvier. Mais ceux-là sont payants. Ce n’est pas trop grave pour les ouvriers stationnés là, par contre pour les quelques autochtones, ce sera plus difficile.

Pour nous, les petits bénévoles de la Croix Rouge que nous sommes, le boulot se calme vers 13h30. Après le rush de midi, on souffle un peu et on mange à tour de rôle dans la fourgonnette. Quand il faisait beau, je prenais ma petite boîte en frigolite et je mangeais dehors au milieu de la poussière, des bonnes odeurs, des klaxons et des camions ! ;-)
Vers 14h, nous nettoyions ce que nous pouvions sur place. Fermions les portes et repartions à Lake Charles. Il fallait compter entre 1h et 2h de route, ça dépendait de l’endroit de distribution.


Souvent, durant le voyage de retour, l’un de nous piquait un petit somme...

De retour à Lake Charles, nous déposions le matériel chez le traiteur. Ce dernier avait également fait appel à des Mexicains pour l’aider. Le problème c’est qu’il ne parlait pas espagnol et que les Mexicains ne parlaient pas anglais, mais bon, ils se comprenaient suffisamment pour bosser ensemble.

Ensuite, retour au bureau de la Croix Rouge de Lake Charles. Nous nettoyions l’intérieur de la fourgonnette et rajoutions des boissons ou biscuits pour le lendemain. Et c’est ainsi, vers 4 heures, que se terminait généralement la journée.

Karin

En rouge et blanc: http://www.karinetdavid.com/louisiane/la_croix_rouge/en_rouge_et_blanc.html