Karin Et David - Louisiane

jeudi, le 25 août 2005, 22h34

From Baton Rouge to LC

h ighway 10 : from Baton Rouge to Lake Charles

28 juillet 2005

12 :30 Après quelques dernières séances d’info relativement inutiles, on nous demande de charger nos bagages dans les bus, vans et voitures qui nous mèneront dans nos « paroisses » d’affectation.

e t ça fait drôle, comme on dit par chez nous. Parce qu’on a tissé bien des liens avec les autres Belges du contingent en ... 3 semaines déjà.
Et puis là, c’est le grand saut, mine de rien : on va passer en quelques heures d’un hôtel truffé de profs de français issus de toute la francophonie et des 51 "Miss Teen USA", à dieu sait quel bled perdu au fin fond de dieu sait quel bayou. C’est qu’on s’y était habitué à cet Holiday Inn, aussi miteux fût-il, avec sa clim’ polaire, ses repas dégueu’ servis par des gens très désagréables, ses couloirs aussi longs qu’austères (remember Barton Fink ?)...

Et bien, c’est fini tout ça, on va enfin savoir où on va passer l’année. Et là aussi, c’est un peu l’angoisse, parce que Lake Charles, on n’a aucune idée de quelle gueule ça a... Et ce qu’on en a entendu jusqu’ici ne nous donne pas envie de faire des cumulets dans l’herbe...

Bref, on nous dit de charger, et on charge. A l’américaine, donc. Les valises, les malles et les sacs. Nos affaires et celles des autres. Surtout les malles (de 70 kilos). Et tout ça, sous un cagnard de 35 degrés avec 90 % d’humidité.
J’ai 5 minutes pour saluer et bécoter tous les Belges avant le départ. Je les trouve tous sauf Frédérique. Bon, ben, on se reverra à la Nouvelle Orléans...

On a plutôt de la chance : on va voyager dans un bus scolaire flambant neuf et climatisé (ce qui est assez rare), et nos bagages vont nous suivre dans un van.
Nous sommes 7 passagers : Isabelle (de Lorraine), Joëlle (de Toulouse), Céline (de Bretagne), Valérie & Stéphane (du Brabant Wallon), et Karin & moi.
Notre chauffeur est une chauffeuse (c’est souvent le cas pour les bus scolaires) et a l’air plutôt marrante. Elle commence par vérifier plusieurs fois le moteur qui est trop chaud selon elle. Tu m’étonnes...

13 :00 On finit tout de même par démarrer, on s’engage rapidement sur la Highway 10 qui traverse tout le Sud de la Louisiane, de New Orleans à Lake Charles.

À la sortie de Baton Rouge, on traverse le Mississippi sur un pont métallique assez impressionnant. C’est la 1re fois depuis l’atterrissage a Baton Rouge, qu’on a l’occasion d’observer un panorama ici. Et c’est là une des caractéristiques majeures de la Louisiane : ici, tout est désespérément plat. Plus plat que notre plat pays et que les Pays-Bas réunis. Pas un vallon (quelques Wallons), pas une colline, pas de butte du lion de Waterloo, pas de Signal de Botrange... Rien qu’une plaine -heureusement pas si morne- et terriblement verdoyante.

Du pont, on voit la skyline de Baton Rouge, les raffineries, l’un ou l’autre bateau à roues (à tous les coups un casino : ici, ils sont tous sur l’eau) et bien sûr le Mississippi !

Celui-là même dans lequel pêchaient Tom Sawyer & Huckleberry Finn. Et dans lequel Jeff Buckley s’est noyé. Bref, un truc mythique pour le béotien européen que je suis.

A quelques miles de Baton Rouge, la route se surélève. Elle est sur pilotis et surplombe les bayous des paroisses d’Iberville (les Espagnols sont passés par là) et de St Martin. On passe près d’un bled qui s’appelle Grosse Tête (les Français sont passés par là aussi). Et on « survole » donc le bayou pendant à peu près 20 miles (+/- 32 kilomètres).


...notre premier bayou...

Çà et là, en contrebas du pont, on aperçoit l’une ou l’autre cabane visiblement habitée, complètement isolée, sans électricité (pas de fils), ni téléphone, ni eau courante, avec aucun chemin qui en part ou qui y mène. Et construite de bric et de broc (même des panneaux électoraux Bush-Cheney). Après tout, on est dans l’état le plus pauvre du pays le plus riche du monde. A peine engagés sur les routes on a déjà l’occasion d’observer des symptômes de cette précarité.

Une autre chose qui frappe aussi directement, c’est l’omniprésence des casinos. Le moindre hameau, la moindre aire d’autoroute, le moindre zoning présente au moins une enseigne de casino. C’est l’une des grosses activités économiques de la Louisiane. Et vu que c’est interdit au Texas, ça draine pas mal de monde ici. Et ça paupérise un peu plus – au passage – les autochtones louisianais qui n’en demandaient pas tant...

14 :00 Un peu avant d’atteindre Lafayette, on s’arrête à une station service de Breaux Bridge (qui n’est pas le frère de Jeff Bridges, lui c’est Beau).
Et on s’en fout un peu, puisque cette station service pourrait être n’importe où en Louisiane. Elle aurait la même allure, passerait la même radio, vendrait les mêmes t-shirts : il y en a même de Paris et de Londres. Wouaw.

On repart, on traverse Lafayette dont on ne voit rien ou presque. Et puis, c’est le dernier tronçon rectiligne, plat (Louisiane oblige), et – osons le dire - assez chiant, jusqu’à Lake Charles, ou au Lac Charles comme disent les Cajuns (mammifères locaux en voie d’extinction).

15 :00 Depuis l’arrêt-pipi, deux des Françaises se sont endormies. Elles se réveillent au moment où nous atteignons les limites de Lake Charles. Et là, c’est la claque. Nous arrivons dans un quartier pourri. Limite dévasté. Maisons qui tiennent à peine debout. Fenêtres remplacées par des panneaux de bois. Mines patibulaires à chaque perron. Panneaux « Drug Free /Gun Free neighborhood » à chaque coin de rue, qui disent évidemment le contraire de ce qui est. Ghetto essentiellement noir. Ça ressemble à un truc entre le Queens et le village de « l’inconnu des hautes plaines » (avec Clint Eastwood) après la fusillade finale.

Plutôt que d’en pleurer, je décide (comme souvent) d’en rire. Et je vanne et fais marcher Isabelle, notre charmante Lorraine à peine éveillée et déjà franchement inquiète. « Voilà, on est enfin arrivés ! » « Bienvenue à Lake Charles ! » « Oh ! Ben là, y a un truc pas mal à louer, puis les voisins ont l’air sympa ! » et autres couillonnades...

Ce qui nous rassure un peu, par moments, c’est que la chauffeuse a l’air de s’être perdue. On a rendez-vous au school board de la paroisse de Calcasieu et elle ne le trouve pas. On est passé – il est vrai – quelques fois près d’un bâtiment scolaire qui a l’air à l’abandon depuis quelques années au moins. Ce qui est moins rassurant au bout du compte, c’est que ce bâtiment s’avère être ledit school board. C’est à dire l’institution responsable de tout ce qui a de près ou de loin un rapport avec les écoles du coin.

On s’arrête donc devant cette avenante bâtisse et là, plus personne ne sourit.
On rentre, on est accueillis par la « superviseuse » et les 2 familles d’accueil. Valérie, Stéphane, Karin & moi savons depuis hier que nous n’en avons pas, de famille d’accueil. Youpie. On va devoir squatter la maison d’un type qui n’est même pas chez lui. Et qui revient demain. Donc on devra décamper. Naturellement. Mais,... on peut revenir squatter chez lui dimanche, quand il repart. Chouette. Entre les deux ? On peut aller à l’hôtel. A nos frais, bien entendu.

C’est curieux, mais l’espace d’un instant, j’ai l’impression que ce scénario diffère quelque peu de celui qu’on m’a exposé longuement à Bruxelles. Peut-être le réalisateur a-t-il rencontré les producteurs qui lui auront dit : « Ecoute, Coco. Là, il va falloir que tu nous mettes du risque, de la corde raide, quoi ! Sinon, les spectateurs ils s’endorment, ou pire : ils arrêtent de se bourrer de pop corns. » Bref, c’était pas vraiment comme on avait dit. Et c’était plutôt dommage, quand même, non ?

A peine arrivés, on veut déjà nous vendre une maison, ou plutôt nous la louer. Et dans l’empressement avec lequel on veut nous la faire visiter, la manière dont on nous en vante les qualités et l’excellent rapport qualité-prix, je ressens un je-ne-sais-quoi de suspect. On verra.

Ensuite, une représentante de la Chase Bank dépêchée sur place, nous vante les mérites hypra-compétitifs de sa crèmerie. On nous incite carrément – et le verbe tout comme l’adverbe sont faibles – à prendre un compte fissa chez eux. Ce qu’on fait en se disant que ce ne sera pas pire qu’ailleurs. Comme des moutons. Bêêêêêê !

Puis, on nous fait signer à toute vitesse des liasses de papiers auxquels on n’a pas le temps de comprendre quoi que ce soit.
À la fin de ce petit raout, on nous demande d’applaudir bien fort les familles d’accueil, ce que nous ne manquons pas de faire avec la conviction qui s’impose, vu la manière dont nous sommes concernés par ledit accueil.

16 :00 On nous désigne notre chauffeur pour les quelques jours à venir : un dénommé Harold Mangum, fringant octogénaire, embaumeur dans le civil ... et toujours en activité. Celui-ci est aussi affable qu’il est sourd. Ce qui ne facilite pas grandement quelque forme de communication que ce soit. Cela dit, ne soyons pas bégueules : ce vieil homme très occupé s’est très bien occupé de nous. Volontairement. Et sans nous demander un kopeck.

Il commence par nous emmener voir la maison dont on nous a chanté les louanges. Celle-ci est sise juste en face du viaduc de la Highway 10, cadre bucolique s’il en est. A peine entrés, nous avons le grand privilège de humer un parfum très particulier : un rude mélange de naphtaline mâtiné de senteurs cloacales. Miam. Cette maison, que nous avons rapidement surnommée « la maison des Thénardier » est une horreur. Il y fait sombre et humide. Elle est meublée, mais chaque meuble ici est un véritable chancre. Il y a des pièges à cafards dans tous les coins. La chiotte est inutilisable en plus d’être dégueulasse. On n’ose même pas rire tant on est estomaqués. Les précédents locataires essaient à leur tour de nous la faire louer. Ce qui achève de nous les rendre particulièrement antipathiques. Fort heureusement, nous ne les reverrons pas : ils partent à Lafayette.

Nous nous cassons enfin de ce taudis, après avoir très courtoisement dit que « ce n’était pas exactement ce que nous cherchions ». A l’heure où j’écris ces lignes (5 semaines plus tard), elle n’est toujours pas louée.
On remonte dans la Buick de Mr Mangum.

Il essaie de nous emmener à la maison où nous devons squatter. Il n’y a personne là-bas pour nous accueillir ou nous ouvrir la porte... Nous sommes ainsi trimballés et transbahutés pendant 3 heures, de perron en perron. En plein cagnard. Avec nos 120 kilos de valises. Avant de rencontrer quelqu’un qui puisse nous aider.

20 :00 Nous terminons la soirée au Hong Kong, restaurant chinois honnête de Lake Charles, avec d’autres profs de français (de France) : Estelle, Francis, Pierre-Gérard, Marjolaine, Jacqueline et Laurent.

J’ai été aussi caustique que je peux l’être quant à notre accueil. J’ai – bien évidemment – saoulé tout le monde avec ma logorrhée. Mais, aucun d’entre eux ne m’en a tenu rigueur très longtemps. Tout cela ne leur était d’ailleurs nullement imputable. Que du contraire, eux au moins avaient fait ce qu’ils pouvaient pour nous accueillir. Mais bon, on ne se refait pas. Et comme dirait Popeye (the sailor man) : « I yam what I yam ! »

Vers 23:00, on arrive sous le toit qu’on nous a trouvé pour la nuit. La maison est coquette, même jolie et décorée avec goût. Le propriétaire est un bluesman blanc louisianais. Nous campons sur son lit que nous n’osons défaire. Valérie et Stéphane ont choisi de dormir sur les 2 canapés.
J’angoisse une bonne partie de la nuit, ne dors que très peu. Et manque plusieurs fois de réveiller Karin pour lui dire que nous repartons en Belgique. Heureusement, nous n’en ferons rien. (En fait, aujourd’hui, nous en rions)

29 juillet 2005
7 :30 Mr Mangum vient nous chercher (même pas en Ferrari, Higgins l’a prise...) pour nous emmener petit déjeuner. Nous voulons manger des pancakes. Il a entendu dire qu’ils en proposent au McDo. Nous ne voulons pas aller au McDo, et le lui disons à maintes reprises. Mais rien n’y fait (rappelez-vous, le vieil homme est sourd) : c’est là et nulle part ailleurs que nous atterrissons. Et il n’y a pas de pancakes au menu. Nous mangeons donc des breakfast burgers immondes (et c’est plus dur à manger qu’à lire...). Nous avons des gueules de déterrés. (Que lisez-vous dans le regard de Valérie ?) Nous en avons marre.

Valérie et moi décidons d’appeler le Bureau Wallonie-Bruxelles pour les informer de notre situation et demander de l’aide. Mais que peuvent-ils faire de Baton Rouge, à 200 bornes de Lake Charles ? Ils nous réconfortent en tout cas et c’est déjà ça.

Ça ira mieux demain. Et ça, c’est vrai !

David
Commentaires
{ 1 }

je retrouve ton style inimitable. Que tu parles ou que tu écrives, tu es caustique! J'aime.

joe { septembre 9, 2005 10:21 PM }
{ 2 }

...Et après la pub, çà s'arrange...? passke là j'commence à avoir peur...

dom n dumber { septembre 10, 2005 12:03 PM }
{ 3 }

et bien on vous souhaite encore beaucoup de jolies complications chiantes! Nous, ça nous fait de la lecture intéressante avant de se coucher!

elmarek { septembre 11, 2005 5:14 PM }
{ 4 }

courage, les filles et les p'tits gars!!

Annick P.

BISES.

Annick { septembre 12, 2005 2:54 PM }
{ 5 }

ah! voilà qui met du pili-pili dans l'histoire!

Vivement la suite!

isa { septembre 14, 2005 2:59 PM }
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