Karin Et David - Louisiane

vendredi, le 14 octobre 2005, 08h35

Memphis-08/10/05

« Elvis just left the building »
Samedi, le 8 octobre 2005

“The Mississippi Delta was shining
Like a National guitar
I am following the river
Down the highway
Through the cradle of the civil war
I'm going to Graceland
Graceland
In Memphis Tennessee
I'm going to Graceland
Poorboys and Pilgrims with families

In Graceland, in Graceland
I'm going to Graceland
For reasons I cannot explain
There's some part of me wants to see
Graceland
And I may be obliged to defend
Every love, every ending
Or maybe there's no obligations now
Maybe I've a reason to believe
We all will be received
In Graceland”

Paul Simon

Ça doit faire 15 ans déjà que je suis fan d’Elvis. Et même si c’est loin d’être original, j’ai toujours eu envie d’aller voir Graceland. Pourquoi, je n’en sais trop rien. Mais j’en avais très envie, c’est tout. Sur Graceland, on m’avait déjà presque tout raconté. Que c’était une sorte de Disneyland avec Elvis en lieu et place de Mickey. Que c’était surtout un temple du merchandising et de la consommation. Que c’était très très kitsch. Que l’entrée était très chère pour ce qu’on y voyait. Mais j’ai décidé de me foutre de ce qu’on m’en avait dit. Et j’y suis allé quand même.

C’est quand même la maison d’Elvis, merde ! Le palais du King. Qu’on a essayé maintes fois de convaincre de s’installer à Hollywood. Et qui est resté là, depuis le début, à Memphis. Chez lui, avec tous les siens.

Et finalement, à se balader dans ce qui fut sa maison, son havre de paix, on en apprend pas mal sur le bonhomme. Et sur tous ses paradoxes. Et s’il y a du kitsch, il y a aussi des choses très belles. Le vulgaire côtoie la grâce, et j’ai trouvé l’ensemble plutôt classieux. Franchement, je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus mégalo. Et j’ai été agréablement surpris. J’étais ravi de cette visite.


L'avant et l'arrière de la "mansion"

Mes deux pièces préférées de la maison sont la salle télé et sa déco à la « Orange mécanique », et sa Jungle Room, salon décoré dans le style Tiki, avec ses statues hawaïennes, sa cascade le long du mur, et ce tapis vert du sol au plafond. Elvis y a enregistré une bonne partie de l’album « Moody Blue ». Rien que la déco de ces 2 pièces donne envie d’être une rock star super connue. C’est franchement autre chose que les piscines en forme de guitare.


Le salon et la salle télé

Et puis, il y a toutes les autres expos. Toutes les photos, les affiches, les films, les costumes et les chansons d’Elvis où qu’on aille. Chose curieuse, on n’évoque à aucun moment les moments creux de sa carrière ou sa déchéance physique. On ne voit aucune image des derniers concerts d’Elvis bouffi, rongé par la maladie et la cortisone. Tout ça n’existe pas ici. On a droit qu’à un Elvis sanctifié, beau comme un dieu, immaculé. Et puis on va voir sa tombe.


David ne rate aucune info! ;-) - Elvis et ses nombreux costumes


Une pièce contenant une partie de ses disques d'or et sa tombe (dans le jardin)

Graceland, c’est un peu le négatif du National Civil Rights Museum : il n’y a que des blancs. Les seuls noirs qu’on y voit y travaillent. Ça nous ferait presque oublier que si Elvis a révolutionné le rock’n’roll, c’est précisément parce qu’il a tout piqué aux musiciens noirs qu’il adorait. (un peu comme Eminem dans le rap aujourd’hui...) Et son succès s’amorça à peu près en même temps que la lutte des Afro-Américains pour les droits civiques.

Après la visite, comme tout le monde, nous avons acheté quelques babioles : une plaque en métal du Elvis Presley Boulevard (où se trouve Graceland), un Elvis en caoutchouc et habit de lumière qui danse quand on l’accroche au pare-brise de la voiture, un t-shirt du Sun Studio où Elvis a commencé à enregistrer. C’est con, hein ? Mais moi, ça m’a fait vraiment plaisir...


Merchandising années '60 versus 2005

Après, nous sommes retournés dans le downtown. On est passés devant une galerie où un certain Dr Bob exposait et ce qu’il faisait nous plaisait bien, le panneau à l’entrée disait « Be nice or leave » et « Be gay and stay »,donc on est entrés. Le bonhomme nous a directement reconnus : « I remember you guys from the Red Cross ! » Il avait effectivement fait la file avec nous 2 jours plus tôt. Sauf qu’il avait eu beaucoup moins de chance que nous. D’abord, il venait de la Nouvelle Orleans et il a TOUT perdu.

Ensuite, il y est resté. Et il a dû défendre le peu qu’il lui restait – dont sa propre peau – avec son flingue. Il s’est pris la guibolle, en pleine rue, dans un piège à mâchoires avec des lames de rasoir. Une sorte de piège à loups, laissé là, sous l’eau forcément, par un riverain ou la police. Sur le moment, il a cru qu’il se faisait bouffer la jambe par un alligator. Comme beaucoup d’autres dans son cas, il n’avait pas ou plus de voiture. Il a donc dû se débrouiller pour aller de ville en ville pour se retrouver en fin de compte ici à Memphis.

Il nous dit qu’ici à Memphis, il retrouve un petit peu l’ambiance de New Orleans. C’est déjà ça. Pour le reste, il va de déveine en déveine. Vu son apparence de vieux beatnik extravagant, on lui refuse une aide qu’on accorde à d’autres (dont nous) bien moins dans le besoin que lui. Il demande des médicaments pour le cœur, ainsi que des anti-dépresseurs (vu ce qu’il a vécu, qui n’en aurait pas besoin ?) et on le catalogue « junkie ». Appellation qui le suit partout où il s’adressera ensuite. Il me dira d’ailleurs : « Vu la manière dont on traite les junkies, je suis content de n’avoir jamais touché à l’héroïne ! »

La bonne nouvelle, c’est qu’il a trouvé refuge ici, dans cette galerie où il vend des repros de ses œuvres pour trois fois rien. On lui en a d’ailleurs acheté une. La galerie est une sorte de loft industriel, ancien restaurant qui jouxte un immeuble d’appartements de haut standing sur Main Street. Il y a une porte qui communique avec l’immeuble en question et Bob nous montre tout le boulot abattu par son pote, propriétaire de la galerie dans ledit immeuble. Les portes d’ascenseurs sculptées en acajou, les moulures et autres gargouilles, les boiseries... Un vrai travail d’orfèvre et de titan ! Dans le lobby de l’immeuble, Bob et ses potes peuvent même profiter de la salle de bain et du bar. Bob en profite d’ailleurs, en hôte princier qu’il est, pour nous offrir une mousse.

Ensuite, il nous présente Will, un autre pote à lui, de New Orleans aussi, qui est souffleur de verre et rasta. Will n’a emporté que sa chienne de 10 ans, le jour où il a évacué, il y a 1 mois et demi déjà... On prend une autre bière à nous quatre, en écoutant le disque d’un ami musicien (célèbre) de Bob, Clarence « Gatemouth » Brown, qui est mort d’un infarctus au moment où il a vu à la télé ce qu’il restait de sa maison. Bob nous dit : « Il me manque énormément. Mais comme il avait le cancer des poumons, c’est peut-être la plus belle mort qui l’attendait. » Amen.


Clarence « Gatemouth » Brown

Il y a un peu de Bukowski chez Bob, un peu de Burroughs aussi (ne serait-ce que ce goût pour les armes... « I had some badaaass gun ! »), il y a aussi cet idéal rimbaldien, cette liberté libre que rien – si ce n’est la mort elle-même – ne peut enrayer. Il y a une fougue et une jeunesse qui font penser à James Osterberg (aka Iggy Pop). Il y a du blues et du rock’n’roll. Beaucoup de grâce et bien peu à jeter. Ce sont des rencontres qui comptent et qui marquent.

Dans un mois, il organisera avec quelques potes le festival Vaudou qui devait originellement avoir lieu à New Orleans. Il y aura entre autres Dr John, qui est un pote à lui. Et une de mes idoles. « Be nice or leave », c’est une belle philosophie... Que je ferais bien mienne.

Un peu plus tard, Bob nous propose de nous emmener dans un bar dont il connaît la patronne. Il a exposé là (comme un peu partout aux USA) et il peut aller y manger et boire quand il veut. Et pour pas un balle. Et même y emmener ses potes. Royal, non ? Il me raconte qu’il adore venir y draguer les femmes riches. Hé hé.

Après ma 4e bière, je n’arrive plus à suivre ce que Will me raconte, et en plus j’ai une dalle de cowboy. Nous laissons donc nos deux artistes au zinc de ce bar bien classieux (que j’aurais bien du mal à retrouver) et rentrons à la casa pour manger et faire dodo. Karin arrive à nous mener jusque là. Ouf.

Si vous voulez voir les œuvres de Dr Bob, vous pouvez visiter son chouette site à l’adresse suivante : http://www.drbobart.com/
Pour plus d’info sur le grand guitariste Clarence « Gatemouth » Brown, voici l’adresse de son site : http://www.gatemouth.com/

David
Commentaires
{ 1 }

Il aura donc fallu que tu abandonnes malgré toi ton boulot d'instit pour que refasse surface, qui en aurait douté, cette bonne vieille plume que certains "vrais" journalistes dignes de ce nom te jalousent secrètement. J'ai l'impression de lire un dossier spécial Memphis sorti des Inrock! Encore, encore, encore!

elmarek { octobre 18, 2005 11:19 AM }
{ 2 }

Hello à vous deux. C'est toujours avec grand intér't que je lis vos aventures. Malheureusement, ma boss, qui a son bureau avec vue sur mon ordi, a à chaque fois tendance à me rendre des petites visites surprises juste au moment o? je veux ajouter des commentaires.

J'ai juste envie de vous dire merci pour ces histoires enrichissantes! J'apprends un tas de choses.

Juste une remarque : vous parlez de Graceland, de la Distillerie Jack Daniels à Lynchburg, mais rien sur Dollywood!! C'est un parc d'attractions érigé par Dolly Parton... mon r've!!! Enfin, si vous avez des infos sur le lieu n'hésitez pas!

Bisou bruxellois!

Melissa

Melissa { octobre 19, 2005 6:34 AM }
{ 3 }

hey Carine et David, j'adore lire vos aventures want ze zijn zo tof geschreven ! On s'imaginerai sur place !

dikke beiz

Tania

tania { novembre 13, 2005 10:27 AM }
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