Karin Et David - Louisiane

lundi, le 6 mars 2006, 08h09

Sous le soleil exactement

a vant de partir en Louisiane, on s’était dit qu’une des highlights de l’année serait sans aucun doute le Mardi Gras à la Nouvelle Orléans. Comme cette dernière a été rayée de la carte avant même qu’on ait pu y mettre les pieds, il a bien fallu qu’on change nos plans.

o n nous a bien proposé d’aller à l’un ou l’autre « courir », le Mardi Gras cajun et rural qui bien que moins spectaculaire ne semblait pas dénué de charme. Mais on avait aussi envie et besoin de changer d’air. Et puis, je vous avouerai aussi que le carnaval, ça n’a jamais vraiment été ma tasse de thé.
Non, là, après une rude semaine d’hiver grise et humide, il nous fallait de la lumière, de l’air et du soleil ! Et nous sommes allés trouver tout cela en Floride. Bien entendu.

Vendredi (le 24 février) après l’école, on s’est donc mis directement en route pour Lafayette, et on est restés sur la I-10 pour continuer la route avec notre ami Joël. Quelques soucis mécaniques mineurs illustrés de jurons fort à propos et d’autres embouteillages majeurs ont mis un peu de piment dans notre périple, et nous ont empêché de nous endormir. Après avoir traversé le Mississippi, et l’Alabama sans réel changement de relief ou de décor, vu – primo – qu’il faisait nuit et – deusio – que le décor ne change réellement pas, nous sommes logiquement arrivés en Floride.
Les reflets argentés des deux côtés de la route rectiligne et plongée dans l’obscurité nous ont bien fait comprendre qu’on était enfin ailleurs. Extraits de ce Sud louisianais qui longe la mer sans qu’on ne la voie jamais, vu qu’à la place des plages, il y a des marais. Restait à trouver Pensacola, puis Pensacola Beach, puis l’appartement loué pour les cinq jours suivants. Ce ne fut pas évident, mais nous avons fini par trouver l’endroit où nous allions dormir, vers 2 heures du matin. Ouf !

Le lendemain, il faisait gris et un peu triste, mais nous le savions déjà. Tout comme nous savions que ça ne durerait pas. On est donc sortis se balader, histoire de découvrir enfin cette péninsule de Pensacola qui nous faisait rêver depuis quelques semaines. Nous avons pu une fois encore observer les dégâts causés par Ivan, un cousin germain de Rita et Katrina, qui a fait de ce coin de Floride il y a 18 mois, ce que Johnny faisait de ses chambres d’hôtel il y a 30 ans. Un véritable bordel.
Mais cela ne nous surprend plus guère, blasés et aguerris que nous sommes par tout ce que nous avons déjà vu de semblable, voire de pire, cette année. C’est plus un truc qui semble nous coller à la peau depuis qu’on est arrivés ici.
Et puis, nous ne sommes pas venus pour l’architecture, les musées ou quoi que ce soit du genre. Nous sommes venus pour la plage. Et elle est partout ici : sur les pavés, sur les routes, dans les jardins, sur les débris pas encore déblayés de certaines maisons...

Nous sommes venus pour le ciel, le soleil et la mer. Et même si nous avons dû nous passer du second en ce 1er jour, nous étions contents d’être ici. Le long du Golfe du Mexique, parmi les mouettes et les pélicans. Et les surfeurs, que ni le froid ni la grisaille ne semblent arrêter.
Pensacola Beach, l’endroit où nous logeons, est une langue de sable, parallèle à la côte. Large de plus ou moins 200 mètres, avec la mer des deux côtés. Nous sommes du côté de la plage : sable blanc immaculé à perte de vue. Si on traverse l’unique rue, on arrive du côté des « piers » , ces longs pontons en bois qui permettent de se promener sur l’eau sans couronne d'épines. Des deux côtés, le paysage est fabuleux, à condition de tourner le dos aux maisons. Par terre, les coquillages pullulent et rivalisent de beauté et de diversité. La lumière est belle et le ciel, même peu clément, paraît tellement plus haut et plus vaste que chez nous...

Cette plage immense et blanche et ces maisons colorées sur pilotis, tout cela me fait penser au village de « 37°2 le matin ».
Bref, nous profitons très rapidement de ce nouveau décor et nous y sentons directement chez nous. Pourquoi diable les Français n’ont-ils pas colonisé la Floride plutôt que la Louisiane ? Ici, nous n’hésiterions pas longtemps à rester plus d’un an !

Notre appartement est très agréable et pratique, et la déco – aussi kitsch soit-elle – fait très vacances. Tout le monde s’y plaît, adultes comme enfants. Seule ombre au tableau : un couple de voisins qui nous agressent dès le 1er jour. L’un d’entre eux, le mâle, attaque Karine (avec un E) et les deux enfants alors qu’ils partent se promener. Il mord Karine et Valentine. Arthur évite le pire, mais ne trouvera que très difficilement le sommeil. Hanté qu’il est par le « crès crès » méchant cygne. Une belle leçon de choses, efficace et indélébile en tout cas. Dès le lendemain, nous nous armons de bâtons dès que nous sortons.

Dimanche, le ciel est dégagé, mais il fait toujours un peu froid.
Nous décidons d’aller voir la parade de Mardi Gras. Et nous avons droit à ... une parade de Mardi Gras. En bonne et due forme, donc bien peu originale ou inventive.
C’est bruyant, lourdaud, beauf et vulgaire. Où ça des pléonasmes ?
Mais bon, par moment c’est marrant tout de même. Et puis ici, les gens sur les chars lancent des colliers de perles de toutes les couleurs qu’on peut même se mettre autour du cou. Jusqu’à ressembler à Mister T (Barracuda) dans l’Agence Tous Risques.

Tous les groupes (appelés Krewe, à la « française », Mardi Gras oblige) ont un thème particulier. Ainsi, on voit défiler des pirates, des vikings, des Égyptiens, des cro-magnons, des travelos... Venez à Halle, à Dunkerque ou à Köln et vous verrez les mêmes. Dans le public, on voit beaucoup de White Trash, blancs paumés oubliés du rêve américain, se bourrer la gueule en vitesse (la parade ne dure même pas 2 heures), il y a aussi des gens normaux, bien sûr (n’oubliez pas : on est là ;-) et puis aussi des gosses littéralement fascinés par le spectacle et hystériques à chaque nouveau passage de char, synonyme de colliers, bonbons et autres cadeaux. Pour eux, l’espace d’un instant, Dieu existe. Et ils ont des preuves.
Après les groupes « folkloriques », on a droit au maire et aux commerçants du coin qui viennent faire leur pub. Comme chez nous.
Heureusement, au bout d’une heure et demie, ça s’arrête et, comme tout le monde, nous partons. Les uns quittent l’île par la seule route qui mène au seul pont qui mène au continent. Les autres (nous) décident d’aller dans l’autre direction, histoire d’éviter un embouteillage de 2 ou 3 bonnes heures au bas mot.

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire. On mange très bien. Je reçois plein de chouettes cadeaux et on passe même la soirée à danser dans le salon. Comme chez nous.

Lundi, on décide d’aller se promener dans le downtown de Pensacola. Celui-ci a beaucoup de charme et n’est pas sans rappeler le centre de Galveston, dont je ne vous ai pas encore parlé, vu que j’ai 2 mois de retard dans mes posts...

Beaucoup de maisons dans le style de celles du Quartier Français de la Nouvelle Orléans, avec des grilles et des balcons en fer forgé. Des bâtiments aux allures de décors de cinéma ou de tableaux de Hopper. Et luxe des luxes pour les indécrottables Européens que nous sommes : des trottoirs ! On peut même déambuler dans tout le centre ville à pied. Fait suffisamment rare pour être mentionné.

La jetée a des faux airs de Brighton, le downtown a les accents vaudous et cajuns de New Orleans, quant au vieux village historique, il pourrait être juste au bord du Mississippi, à deux pas d’une plantation de coton. Maisons en bois, blanches et jaunes surtout, avec colonnes, posées sur des briques, et entourées de chênes tortueux. Tout ça sous le soleil du Mexique. On flâne et on bronze.

On croise à plusieurs reprises un Chypriote qui cherche un club de marins. On aimerait bien l’aider, mais on est ni marins, ni chypriotes. Alors on lui fait un sourire, et il continue à chercher.

Le long des plages, lunaires à souhait, on tombe sur des bâtisses qui ne le sont pas moins. Comme cet ovni posé sur quelques briques, ou cette maison en demi-sphère, tout droit sortie d’un épisode de Star Wars. http://www.domeofahome.com/

Mardi, on décide de profiter à fond du soleil et de la plage. On se promène le long de l’eau, on ramasse des coquillages, on prend des coups de soleil. Et on se rend tout doucement compte que c’est le dernier véritable jour de vacances. Alors on regarde l’horizon et les vagues, et on décide de s’en remplir les yeux tant qu’on peut. Ce qu’il y a de plus beau ici, c’est le vol majestueux des pélicans au ras des vagues. Ça, je ne m’en lasse pas. Et je ne vous parle même pas des couchers de soleil...

Mercredi, nous devons quitter l’appartement à 10 heures du matin, donc nous faisons vite. On a quand même 7 heures de route devant nous. En plus, on veut s’arrêter à Mobile, grande ville côtière de l’Alabama.
Ce qu’on fait d’ailleurs vers midi. Et c’est une excellente surprise.

Le downtown de Mobile a énormément de charme. Comme à Shreveport, on se rend compte que la plupart des bâtiments commerciaux, autrefois prestigieux, sont vides et abandonnés. Mais bon... c’est vrai que depuis, on a inventé le Wal Mart et les shopping malls. Bref, ce qui reste du downtown, ce sont surtout et essentiellement des bars et des restaurants. D’après ce qu’on peut lire sur un des grands bâtiments du centre et sur plusieurs plaques et affiches immobilières, parmi les fondateurs de cette ville, il y a eu des Belges : les Van Antwerp. Il y a d’autres caractéristiques architecturales bien belges ici : les façades « transparentes » par exemple, qui ne manquent ni de charme ni de poésie. Ainsi qu’une certaine cacophonie des genres, qui n’est pas sans rappeler Bruxelles, ma belle. On passe entre autres devant un temple maçonnique à l’architecture complètement mégalo et pharaonnesque.

Seule ombre au tableau de cette balade en Alabama, l’odeur surette et aigrelette, voire parfois complètement nauséabonde qui nous accompagne tout le long. Mobile accueille chaque année le 2e plus grand Mardi Gras des Etats-Unis. Et aujourd’hui, c’est mercredi des cendres. Et ça pue. Et les rues sont positivement dégueulasses.
Cela dit, même comme ça, Mobile offre un visage plus qu’avenant.
Et pour une ville qui se prend tous les ouragans majeurs dans la tronche depuis 1979, c’est plutôt digne, non ?

La suite (comme la fin) va de soi : nous sommes de retour à Lake Charles.
Et pour une des premières fois depuis la création de ce site, nous vous informons quasiment en direct. N’y voyez pas une quelconque nouvelle habitude ou résolution.
Nous tâcherons de maintenir le rythme sudiste pour la suite de nos récits.
D’autant que le soleil et la torpeur semblent bel et bien revenus en Louisiane.
Ici, l’hiver est fini, mes amis.

David

Sous le soleil exactement: http://www.karinetdavid.com/louisiane/pensacola_florida/sous_le_soleil_exactement.html