Karin Et David - Louisiane

dimanche, le 2 octobre 2005, 22h35

Rita-23 au 26 sept.

q uelques jours à Shreveport

Du vendredi 23 au lundi 26 septembre 2005

Vendredi matin, nous fuyons l’appartement des sympathiques Espagnols pour nous réfugier chez Bénédicte. Là, nous retrouvons Juan & Anna qui nous annoncent qu’ils ont été aussi mal reçus que nous par d’autres compatriotes.
« Como se dice hospitalité en español ? » Sinon, ils ont une excellente nouvelle pour nous : ils ont trouvé un appartement dans lequel nous pouvons emménager avec eux dès aujourd’hui.

c ’est un appartement témoin dans un complexe au sud de Shreveport. Il est meublé, équipé et décoré. Tout ça avec le plus grand kitsch, bien sûr. Il y a 2 chambres et une salle de bains. On a beau être neuf : pour quelques jours, on est tirés d’affaire.

Nancy & Thierry dorment dans la chambre du fond, les 3 enfants dorment dans le dressing. Juan, Anna, Karin & moi partageons la 2e chambre. Et ça se passe très bien comme ça, même si Juan ronfle comme un régiment de sapeurs. De toute façon, on est tellement crevés que ça ne nous empêche pas de dormir.

Le 1er jour, nous passons de nombreuses heures à écouter les bulletins d’information sur un radio-réveil. C’est la seule chose dont nous disposons ici. La télé et le téléphone ne fonctionnent pas et nous n’avons évidemment pas de connexion internet.


Anna, au pied du radio-réveil & Nancy et Thierry écoutant les bulletins d’information

Les nouvelles sont plutôt alarmantes, et vu l’effet Katrina, on ne nous propose que des « worst case scenarios ». Il ne nous reste plus qu’à attendre, Rita devrait toucher la côte demain matin. Ici, nous subirons les effets secondaires qui sont en général des tempêtes tropicales. Fortes pluies, vents violents et orages, mais aucun effet dévastateur à craindre.

Nous faisons les courses tous les jours à Wal Mart aussi : ça nous fait une sortie et puis ça nous occupe. Le 2e jour, nous y croisons une autre prof belge et son mari américain. Nous apprendrons à son contact que les Espagnols sont loin d’avoir le monopole de l’« inhospitalité ». Lisez plutôt.

Cette fille, que je ne nommerai pas, rencontre Thierry qu’elle connaît depuis 3 ans. Il essaie de nous présenter, c’est peine perdue, elle ne nous voit pas. Elle s’amuse d’abord de le croiser ici : « Vous êtes en vacances, ici à Shreveport ? » Il faut croire qu’elle non plus n’a pas la télé, ou qu’elle a eu 2 ou 3 méningites. « Ah bon, vous avez été évacués ?! » Grand sourire et éclat de rire. Soit.
Ensuite, elle s’évertue à répéter : « Mais vous auriez dû m’appeler ! » sans qu’on sache trop pourquoi, puisqu’elle ne nous a rien proposé... Nous apprendrons ensuite qu’elle vit dans une « mansion », c’est à dire une très grande maison (une douzaine de pièces) où ils ne vivent qu’à deux. Elle a téléphoné à Bénédicte, après nous avoir vus, pour lui dire qu’elle ne pouvait accueillir personne vu que ça dérangeait son bovidé de mari. Je pense que c’est une bonne excuse. Souhaitons donc à ces jeunes mariés de vivre heureux et d’avoir beaucoup d’enfants en tous points aussi extraordinaires qu’eux.

Sinon, nous faisons aussi quelques sorties chacun de notre côté. Karin et moi passons une demi-journée à nous balader dans le downtown. Il y a quelques beaux bâtiments. Et de nouveau ce charme de ville aux fastes révolus. Il y a beaucoup de bâtiments abandonnés, d’enseignes prestigieuses à la peinture écaillée, de vitrines vides. Et assez peu de constructions récentes, à l’échelle américaine, bien sûr.

On passe aussi à côté d’un des clubs du célèbre et sulfureux Larry Flynt, immortalisé dans un excellent film de Milos Forman (« The people vs. Larry Flynt »).

A un moment, on croise un black qui nous serre la main, se présente et nous demande nos noms et d’où on vient. Ensuite, il fait un salto arrière, retombe – heureusement -sur ses pattes et se lance dans un « slam », c’est-à-dire un long texte scandé, rappé avec des rimes, du rythme et tout. Ça parle de nous trois et c’est totalement improvisé. A la fin de son slam, il nous laisse entendre qu’il est un évacué de la Nouvelle Orléans et qu’il ne cracherait pas sur 1 ou 2 dollars. Qu’on lui donne après l’avoir félicité et remercié pour sa prestation. Chose étonnante : même s’il rappe remarquablement bien, il est incapable d’aligner une phrase complète tant il est bègue.

Samedi soir, nous sommes tous les 9 réunis dans l’appartement au moment où les effets de Rita se font sentir. Le vent souffle très fort, les pluies sont torrentielles, mais notre abri semble tenir. L’eau s’infiltre par une des fenêtres, les gouttières débordent, le plafond commence à percer dans la salle à manger, mais il restera heureusement au-dessus de nos têtes. Le lendemain, nous pouvons constater les dégâts assez mineurs. Il y a des petites branches un peu partout. Un panneau de la porte s’est détaché. Et la peinture de la façade du bâtiment a été arrachée à pas mal d’endroits.
Par contre, il fait superbe. Et dès le début d’après-midi, tout est sec comme si rien n’était arrivé la veille.

Nous passons quelques heures à la bibliothèque municipale. Là, nous pouvons accéder gratuitement à internet. Nous en profitons pour donner de nos nouvelles, et essayer de rassembler le plus d’infos sur Lake Charles après le passage de Rita. Il semble que Lake Charles soit la ville la plus touchée avec Port Arthur et Beaumont (au Texas). La veille de l’ouragan, le gouverneur Kathleen Blanco a conseillé à ceux qui bravaient l’ordre d’évacuation, d’écrire leur numéro de sécurité sociale sur leur front. Pour faciliter l’identification des cadavres.
Toutes les infos se contredisent, tant dans les journaux que sur les forums. Bref, on est à chaque fois plus confus qu’informés.

On passe aussi une bonne heure dans un Best Buy, c’est un grand magasin de matériel audiovisuel. On reste scotchés devant des écrans qui diffusent en continu des images et reportages sur Rita. On n’est pas beaucoup plus éclairés.

A l’appart’, on est tous angoissés à des degrés divers. Et on se raconte sans arrêt les mêmes scénarios, aussi hypothétiques que vains. On décide de rentrer sur Lafayette dès lundi matin. Juan & Anna tenteront d’aller à Sulphur pour vérifier l’état de leur maison. On leur en interdira l’accès, comme cela avait été annoncé à la radio. Il faudra attendre encore quelques jours avant d’être fixés. On parlait de 3 jours avant de pouvoir retourner à Lake Charles, on parle désormais de 3 semaines à 1 mois.

David
Commentaires
{ 1 }

Salut les loulous,

Content d'avoir la suite de vos aventures , ce n'est pas encore apocalypse now , mais dans le genre ce n'est pas mal.Enfin , le principal c'est que vous n'ayez rien de cassé ce qui semble 'tre le cas.

Il est bien évident que je ne vais pas tout raconter à "Bobonne" mais elle en saura le strict nécéssaire.

A votre retour ,ou m'me bien avant ,vous devriez écrire vos mémoires de voyage sous forme d'un guide pour futurs expatriés dans ce merveilleux pays acceuillant et chaleureux et le nec plus ulta serait de demander àGeorges .W.Busch d'écrire la préface .

Assez rigolé,take care comme ils disent et à bientôt , du moins sur le web.

Géraldine et Jean

jean.etienne { octobre 3, 2005 9:16 AM }
{ 2 }

Bonjour à tous les deux,

je suis très heureuse d'avoir de vos nouvelles.

Merci pour ce récit teinté d'humour.

Prenez soin de vous!

Catherine { octobre 3, 2005 10:51 AM }
{ 3 }

Dites, en signant le contrat avec le CGRI... Aviez-vous coché la case "Aventures"?

daniel { octobre 3, 2005 12:33 PM }
{ 4 }

Bonjour Karin,

Bonjour David,

Je viens de lire l'ensemble de vos récits de l'évacuation et je dois vous honorer d'un chapeau bas!

Le récit est posé et logique... est-il le résultat d'une réflexion tel un vin qui a pu décanter ? Je me demande quel est votre état au moment m'me o? tout cela vous arrive. Bien sûr vous étiez abasourdis à l'intérieur du dôme et pleins d'espoirs lorsque vous apprenez que vous allez 'tre hébergés chez des « connaissances espagnoles » et puis là, retour de fusil, vous devenez des pestiférés. Cette semaine je me demandais ce que vous faisiez encore aux Etats-Unis ? « Pourquoi ne prennent-ils pas l'avion de retour ? » (C'est la petite phrase qui résonnait dans ma t'te !) Et puis, à vous lire, je vous envie. Non, bien sûr pas pour l'incertitude, cette sensation de rejet, la peur, la crainte d''tre volé, le fait de ne pas savoir de quoi sera fait le lendemain ou les semaines qui viennent. Non, si je vous envie, c'est pour tout ça dans son ensemble. Cette aventure extra-ordinaire (entendez « qui sort de l'ordinaire »), ces rencontres fortuites, ces paysages, ces expériences inconnues et nouvelles. Assis, dans la rame de métro, à regarder ces regards vides, fatigués, je me demande ce que je fais là. Parfois, il me passe en t'te que peut-'tre une personne présente se dit la m'me chose... woaw, que de choses à raconter !

Et puis, maintenant, je peux dire, raconter que je connais des gens qui... et mes amis diront lors de leurs rencontres mondaines qu'ils connaissent quelqu'un qui a des amis qui sont en Louisiane, etc.

Quelle horreur ! Non, plutôt leur communiquer vos récits, leur donner votre adresse du site...

... oups... un instant... je m'avale une fourchette de p‚tes au saumon, courgette et vin blanc... quoi ? A oui, pardon, j'oubliais, vous 'tes nourris principalement à l'hamburger et autres mets fris ! Mais qu'à cela ne tienne et à votre retour, je vous promets un plat belge à la bière ! Et pourquoi pas, une soirée belge avec les amis ? Et vous déposerez vos bagages pendant qu'on vous racontera les péripéties à la belge du genre : le PS vit une crise suite à la fraude de « la caroloringienne » o? notre ami Van Cau s'est fait attrapé dans l'utilisation abusive de biens sociaux (mais plus complexe que ce que je dis ici !)... et autres petites histoires. Le pire, c'est que maintenant, je vais me manger une crème glacée Haagen Dasz au centre-ville pour l'anniversaire d'une amie. Qu'en j'y pense, alors que je choisirai je ne sais quel go?t particulier, je vous aurai certainement à l'esprit et ce soir je me demande : o? logent-ils ?

Je suis vos péripéties avec avidité et lis vos récits tel un ogre dévore un festin gaulois.

A bientôt les amis !

Daniel

Daniel { octobre 3, 2005 1:16 PM }
{ 5 }

Hey Karin en David,

wat een ongelooflijk verhaal, we lezen ons de ogen uit, hier. En wensen jullie veel sterkte met alles.

In elk geval chapeau voor de kracht en de humor die jullie samen weten te vinden temidden van al die taferelen die werkelijk onze fantasie te boven gaan.

Dank jullie wel omdat jullie de tijd en de energie vinden om ons op de hoogte te houden en - laten we wel wezen - gerust te stellen.

Warme knuffel,

de Amsterdammers

Lara, Michel en Mika { octobre 3, 2005 2:27 PM }
{ 6 }

Chers rescapés,

Je n'ai pu m'emp'cher, avant de partir au boulot, de me brancher devant mon feuilleton préféré. Quel style, wouah! moi aussi je vous envie et vous admire car je ressens chez vous, malgré tout, un moral de béton, un humour et un sens critique délicieux.

Comme votre ami Daniel, je me disais que ce que je lis dans Pan (je cherche désespérément à me faire rire) est bien palot à côté de votre récit.

Je n'ai qu'une envie, c'est de proposer cette lecture à tous ceux qui s'ennuient au fond de leur fauteuil, ne sachant plus quelle connerie regarder à la télé.

A tout bientôt, gros bisous et mille fois merci de nous donner de vos nouvelles.

Bonne chance !

Christine.

Christine { octobre 4, 2005 2:07 AM }
{ 7 }

Bonjour Amigos,

Après quelques jours d'absence j'ai lu tous les épisodes Rita d'un coup.

Pour le scénario 2/10 (peu crédible, faut pas charrier)

Mise en scène 9,5/10 (on ne peut jamais avoir 10!)

Photos 10/10 (faut encourager les jeunes et puis elles sont très bien)

Critiques

« Un intér't tout naturel se portait sur ce film, belge de surcroèt, d'autant que leurs réalisateurs n'étaient pas les premiers venus. Ils ne nous ont pas déçus»

Télé mosquitos

« Ce film est tout simplement le chef d'oeuvre de science fiction juste avant 2001 l'Odyssée de l'espace. Karin trouve son meilleur rôle, David son meilleur film » Le Soir (de bonne heure)

Je ne peu que vous encourager à poursuivre ...y a de l'avenir dans la science fiction.

On vous aime, on vous attend.

Xéna le retour { octobre 4, 2005 9:11 AM }
{ 8 }

Merci de nous faire voyager par l'intermédiaire de votre site. Cela nous permet d''tre un peu avec vous. Vous y 'tes déjà dans nos pensées.

Gros bisous à tous les 2,

Maman-ne

maman { octobre 20, 2005 4:46 PM }
Poster un commentaire

















Rita-23 au 26 sept.: http://www.karinetdavid.com/louisiane/rita/rita23_au_26_sept.html