Karin Et David - Louisiane

jeudi, le 30 mars 2006, 18h25

A l'ouest d'Eden

t oujours plus à l’ouest,
du 21 au 28 décembre 2005

Le 21 décembre, nous quittons Houston, les batteries culturelles bien rechargées, direction l’ouest. À Boerne nous attend le mobilhome que nous louons pour une semaine. C’est le plus grand modèle, le plus long, le plus luxueux. Bref, je ne le conduirai pas, Sylvia non plus, et c’est Bernard qui aura l’honneur d’être notre chauffeur pendant toute la semaine ! Nullement besoin de parler de David ;-)

n ous arrivons en fin de journée à l’agence de location, Sylvia et David s’occupent des papiers et des paiements. Bernard et moi remplissons déjà le mobilhome de provisions de nourriture et de tous nos bagages. Il commence déjà à faire noir... on fait un état « des lieux » avec l’un au l’autre pseudo-responsable qui nous explique en 5 minutes (je sais, j’exagère, mais bon, c’est très bref) comment fonctionne la « bête ». Comment on fait pour sortir l’extension, quelles manettes il faut utiliser pour stabiliser le mobilhome, où se trouve le générateur auquel nous ne sommes pas supposé toucher, etc. Je n’irai pas plus en détail concernant les escrocs de cette agence et leur pseudo-service, parce que sinon je ne parlerai que de ça et ce n’est pas le but ici. Mais nous ne nous laisserons pas faire aussi facilement, ils peuvent s’attendre à une suite de notre part. Et vous, chers lecteurs, si vous planifiez des vacances en mobilhome aux Etats-Unis, n’allez pas louer votre véhicule chez American Dream Vacations dont le nom – aussi alléchant soit-il – est bien éloigné de ce qu’il prétend vendre.

Pour faire court, mais pour que vous compreniez quand-même nos griefs vis-à-vis de cette agence, voici un extrait de la liste des choses que nous leur reprochons :
· Le lecteur dvd ne fonctionne pas (là, c’est juste pour le principe)
· Les couvertures fournies ne suffisent pas pour loger dans des endroits retirés et donc plus froids, alors qu’avant notre arrivée je les ai bombardés de questions par mail.
· Le générateur ne démarre pas sans qu’on ne mette le moteur du mobilhome en marche. Un bruit de sirène retentit quand on est à l’arrêt avec les pieds « de mise à niveau » sortis.
· On n’a pas pu utiliser le lpg pour chauffer l’habitacle.
· On s’est caillé les billes tous les soirs.
· Les marches automatiques ont bloqué dès le 2e jour.
· Un matin, en ouvrant la porte, la serrure reste collée à la clé.
· Ils nous donnent de fausses infos.
· On a téléphoné plusieurs fois à l’agence qui nous avait promis d’envoyer un dépanneur pour le moindre problème. Rien ! Nada !
· Etc.
On perd des heures et des jours à essayer de faire réparer et réparer nous-mêmes les faiblesses de cet engin. Et dire qu’on a prévu qu’une semaine.

Donc, nous quittons enfin Boerne vers 18h, laissons la voiture sur le parking de l’agence de location et partons toujours plus vers l’ouest puisque notre but final est le parc Big Bend. A ce moment-là, nous sommes sous le charme de ce merveilleux véhicule « state of the art » et nous ne nous doutons pas un instant des surprises qu’il nous réserve.

Nous suivons la I10 et on s’arrête quand on a faim, le long de l’autoroute sur une aire de repos et on décide de passer la nuit là. L’aire se situe derrière une petite colline, le bruit de l’autoroute est supportable. Bon, il faut aussi avouer, qu’il passe une voiture ou un camion toutes les heures.
Mais c’est là que commencent les ennuis avec le mobilhome... il fait froid la nuit, les couvertures sont inclues dans la location... et qu’est-ce qu’on s’est gelé les fesses et le reste cette nuit-là ! « ouioui, les couvertures sont fournies, vous verrez, le mobilhome est suffisamment isolé, nous ne sommes pas en Alaska non plus, hahaha » Après cette nuit-là on se dit que ça sent le roussi ! Et on n’a pas tort, parce que les ennuis ne font qu’empirer au fur et à mesure de notre périple. Après une nuit froide, David et moi achetons des sacs de couchage et des grosses chaussettes au Wal Mart. De cette manière Sylvia et Bernard peuvent utiliser plus de couvertures aussi. Leur « chambre » est plus à l’abri du vent et du froid que la nôtre étant donné que nous dormons dans une plus grande pièce avec la tête flottant quelque part au dessus du sol (dans l’extension qui coulisse hors du mobilhome). Heureusement, le lendemain matin nous nous réveillons et le soleil est au rendez-vous, il nous aide à digérer la mauvaise nuit.

Après un bon petit-déjeuner, Bernard s’assied au volant et nous voilà repartis... toujours vers l’ouest. On décide de quitter les grandes autoroutes afin de quand-même profiter du paysage. Bernard au volant, Sylvia ou moi assises à côté de lui, pour lui indiquer la route. David assis juste derrière. Et on discute, on rigole, on passe de la musique à tue-tête et on découvre le Texas ! On se donne comme objectif de la journée : le Centre de Récréation de Amistad, à côté de Del Rio. En cours de route, on s’arrête dans une petite bourgade du nom de Rocksprings. D’après ce qu’on y voit, ce village a dû être un grand centre d’élevage de chèvre Mohair et Angora. Nous nous arrêtons devant la mairie et allons nous renseigner au « centre » touristique du village. Petite salle d’expo et une dame charmante qui nous propose d’utiliser les toilettes. Très sympa, mais pas grand-chose à nous raconter. Il y a des chauves-souris dans le village, nous raconte-t-elle, mais ce n’est pas la saison pour les voir. Super ! Une balade dans le village pour se dégourdir les jambes et s’imprégner de l’ambiance nous satisfait amplement.

Un garagiste, toutes portes ouvertes, est le seul à faire du bruit et à donner un peu de vie à la place de la mairie. Il fait un temps superbe. Les cactus nous rappellent que nous ne sommes plus en Louisiane. Tout le monde nous dit bonjour. Un homme à vélo passe près de nous avec ses deux chiens qui galopent près de lui « Hi ! How ar’you’doin’ ? » et n’attend pas la réponse. Mais ce n’est pas grave. Le décor est aride et la vie à l’air rude ici, mais ce bled a une âme. On ne voit pas d’enseignes Wal Mart, ni de chaînes de fast-food ou de grandes stations essence. Tout est à échelle humaine et moi, ça me plaît. Je suppose qu’y vivre est encore autre chose, mais ça c’est une autre histoire.

Après cette petite balade, on reprend la route et arrivons vers 14h à Del Rio. Nous nous arrêtons à l’office du tourisme et leur expliquons que nous cherchons un endroit pour stationner cette nuit, faire la vidange de nos citernes (des toilettes et de la douche) et se balader. Tout un programme. On reçoit toutes les infos et on va faire notre première vidange (alors qu’on n’aurait dû faire cela qu’après 3 à 4 jours, mais bon, ce n’est qu’une chose de plus à reprocher aux escrocs qui nous ont loué le mobilhome).

On trouve enfin l’endroit où nous pouvons vidanger nos citernes et reprendre de l’eau potable... les embouts des pompes à eau ne correspondent pas, le tuyau d’évacuation des eaux usées craque, et quoi après ça, on va perdre une roue ? On trouve un magasin et garage pour mobilhomes, ça dure un peu, on discute, bien gentils les gens. A la tombée du jour, tout rentre dans l’ordre, mais on peut se « brosser » pour la balade !

A la lueur des phares et de la lampe de poche de notre éclaireur David, nous trouvons l’aire de camping dont on nous avait parlé. Un mobilhome 4x4 serait bien utile ici. On s’installe à un endroit qui paraît bien. Il fait noir, pas un seul éclairage routier autour de nous. On admire les étoiles... le ciel est à couper le souffle. Des étoiles par millions. Il doit bien y avoir 3 voies lactées !

“The stars at night,
Are big and bright,
Deep in the heart of Texas,
The prairie sky
Is wide and high,
Deep in the heart of Texas.”

June Hershey, 1941

Le lendemain matin, on découvre où nous avons dormi. Je lève un store pour découvrir les alentours, et il y a des lièvres partout. J’ai même vu passer une biche. On a passé la nuit sur une sorte de parking avec des abris et des barbecues, tout près d’un lac. Une petite balade autour du lac, rien de tel pour commencer la journée. D’après ce que nous lisons dans notre guide et ce qu’on voit, il n’y a pas grand-chose à faire ici.

Nous décidons alors de nous arrêter encore au Lac Amistad pour s’assurer qu’on ne rate rien. Le Lac Amistad (un barrage artificiel sur le Rio Grande) et ses environs font partie d’un « Recreation National Area », créé par les Etats-Unis et le Mexique. D’où le nom « amitié », c’est pas beau ça ? Un endroit idéal pour les amateurs de bateau, de pêche, de ski nautique, de plongée et de farniente ! Rien d’autre ne nous retient ici, et nous décidons de reprendre la route pour arriver le plus vite possible à Big Bend.

La route suit la frontière mexicaine, et donc également le Rio Grande. En quittant la région du Lac Amistad, nous nous faisons contrôler par la police texane parce que nous quittons une région commune du Mexique. Pour Sylvia et Bernard il n’y a pas de problème. Par contre, ils vérifient nos permis de conduire – qui font office de cartes d’identité ici – à David et à moi. Tout est en ordre, mais ils nous conseillent de toujours voyager avec nos papiers d’immigration (passeports, etc.). Allez, ça va, on n’a pas des têtes de clandestins mexicains et ils nous laissent continuer notre route. Merci, messieurs !

Le soir, on arrive dans le village de Marathon, à +/- 70 Miles du Parc de Big Bend. Le village s’étend le long de la I90. Seule grande enseigne éclairée est celle du Gage Hotel. Le bâtiment fait penser aux westerns : murs épais recouverts de couleur sable/ocre, crânes de vaches à longues cornes accrochés aux murs et cactus. Des clients dînent dans la cour de l’hôtel, il fait bon ce soir. Nous regardons la carte et décidons d’aller manger notre premier steak texan (ou viendrait-il d’Amérique du Sud ?). On sirote notre apéro dans le bar, assis dans des chaises en peau de vache, et on savoure en attendant qu’une table se libère.
http://www.gagehotel.com/

Après ce grand moment de gastronomie, nous demandons au garçon de salle s’il y a moyen de garer le mobilhome quelque part près d’ici pour passer la nuit. Il nous le déconseille, pour cause de « clandestins » et nous indique l’unique camping du village. On arrive juste au moment où la responsable part, ouf ! juste à temps. Nous nous installons, un résident du camping nous aide et s’invite à visiter « notre » mobilhome. Comment allons-nous nous en défaire sans le heurter, ce brave monsieur au nez aussi rouge qu’une fraise bien mûre ? On y parvient et la soirée se passe bien, mais moins bien que la nuit. La nuit, le vent se lève, nous sommes plus exposés que les autres nuits. En plus, des arbrisseaux et des buissons cognent contre la carosserie. Comme on a vraiment pas envie de payer pour des réparations ou des dégâts, on se lève tous les quatre et c’est reparti pour bouger le mobilhome au milieu de la nuit !
http://www.marathonmotel.com/

Le lendemain, ce sont les perdrix qui nous réveillent. Elles cavalent partout dans le camping. Autre bonne surprise au réveil : le paysage ! Wauw ! Nous voyons les vieilles montagnes du Parc Big Bend au loin, enfin !

En vitesse, nous nous promenons dans Marathon, d’un côté de la route puis de l’autre. On imagine bien la route - aujourd’hui goudronnée - en terre battue avec des diligences tirées par des chevaux. Une ligne de chemin de fer longe la route. On retrouve l’hôtel restaurant de la veille, on rentre dans une petite galerie photo, dehors des gens sont assis en terrasse d’un vieux « diner »... La ville a connu une ascension fulgurante dans les années 1920, et la chute a suivi peu de temps après. C’est plus tard, il y a quelques années, que des capitaux ont fait renaître ce bled pour attirer des touristes « amis de la nature », étant donné que c’est la dernière halte avant Big Bend. Il faut avouer que le village nous plaît bien, très dépaysant.

Bon, on fait encore les 70 Miles restants jusqu’à Big Bend, il faut quand-même trouver un endroit pour la nuit du réveillon de Noël ! ;-) En cours de route, nous nous arrêtons pour prendre l’air et nous imprégner du paysage de cow-boys ! Les photos sont assez explicites, pas besoin de longs discours ! ;-)

Big Bend, le dernier grand espace sauvage du Texas, a une superficie de 3.242 km2. Il est un chouia plus grand que nos deux provinces brabançonnes réunies. Ce parc a été créé en 1944, après que le bétail texan ait brouté la dernière brindille d’herbe. Cet endroit a été une mer intérieur il y a des millions d’années, ensuite les résidus de sable et de boue ont fait leur boulot de concepteurs paysagistes (montagnes et volcans) et, les mines de sulfure de mercure et les cow-boys se sont occupés des finitions ! Essayez d’imaginer ! Son histoire fait de Big Bend un Parc National exceptionnel, tant au niveau de la faune que de la flore.

J’arrête de faire le guide Michelin ;-), mais si vous voulez plus d’infos cliquez ici

Nous payons l’entrée du parc et allons au centre d’information. Ils nous disent que nous n’avons pas beaucoup de choix de campings, étant donné que notre mobilhome fait quand-même 12m de long ! C’est vrai que ce n’est pas l’idéal pour prendre les routes sinueuses à flanc de rocher. Donc, en clair, toute une série de routes et de coins du parc nous sont interdits. Parce qu’inaccessibles. Nous trouvons notre camping pour la nuit et profitons encore du soleil et de la lumière pour faire une première petite balade. On traverse un petit étang rempli de roseaux, en passant par une partie désertique en hiver, pour rejoindre enfin un chemin qui nous mène en haut d’une colline. De là haut, nous admirons le Rio Grande et le Mexique. Des hommes à cheval descendent un flanc de montagne en face de nous. Depuis le 11 septembre 2001, il est interdit de passer le Rio Grande dans les deux directions. Nous ne pouvons donc même pas mettre un orteil de l’autre côté. Nous nous contenterons de la vue.

Durant les trois jours que nous serons à Big Bend, nous ferons encore quelques balades. L’une d’elles nous mène à une source chaude. Le chemin pour y arriver est sinueux et très rocailleux et le tout sous un soleil chauffant à 25° ou 30°C, sans ombre.

Une autre promenade nous fait suivre le lit d’une rivière, à sec pendant l’hiver. Nous étions entourés par les rochers, nous étions au pied des canyons. Et non au dessus, comme lors des autres promenades.
Dans les deux cas, on se fait avoir par le climat, on n’a pas l’habitude d’avoir aussi chaud à Noël ! ;-)
On n’a jamais le temps de s’habituer au paysage... à chaque tournant, celui-ci change : désert, canyon, plaine, ruisseau, verdure. C’est pour ça que nos promenades duuuuuurent...(pour la même promenade: 2h30 à l'aller avec arrêts pour faire des photos, et 3/4 d’heure pour le retour, sans arrêt). Les nuits sont tout aussi belles. Dans tous les campings du parc, il y a des couvre-feux, et c’est très bien. On peut admirer les millions de milliards d’étoiles dans le silence. Le vrai silence, pas seulement celui où le frigo arrête de faire du bruit.

Côté faune, nous ne sommes pas gâtés, nous ne rencontrons pas un seul tatou vivant. Au grand dam de Bernard... Visiblement, nous sommes beaucoup trop à l’ouest pour les tatous.
Par contre on se retrouve nez à nez avec des pécaris en liberté. Le premier soir à Big Bend, il y en a un qui se promenait près de notre mobilhome. Mais il n’y avait rien d’intéressant, donc il a passé son chemin.
L’oiseau que nous voyons partout et en gros plan est le « grand géocoucou ». Ça ne vous dit rien ? Si je vous dis « coyote » ? Et puis, « bip-bip » ? Ben oui, j’ai trouvé la traduction au dictionnaire, en anglais le nom de cet oiseau qui ne vole pas est plus parlant « roadrunner ». Ils sont marrants ces oiseaux, ils ont un air bêta.
A part ces deux bêtes-là, on admire des petits oiseaux rouges, des grands lièvres, le vol majestueux de rapaces. Mais on ne rencontre aucun ours, ni tatou, ni coyote.

Durant notre séjour dans le parc, nous faisons une petite sortie. Direction la ville fantôme de Terlingua, à côté du hameau de Study Butte. Ce dernier se compose de quelques maisons, d’une station essence, d’un motel et de deux garages. Le minimum, quoi.

Terlingua , aussi appelée Ghost Town, aussi est née à la fin du 19e siècle et a connu une expansion au début du 20e grâce à l’extraction de vif argent. Les habitants se composaient de deux catégories : les Mexicains vivant à l’est du village et les Anglophones à l’ouest près de la maison du patron de la compagnie minière. Le déclin de la mine a commencé dans les années 30. La mine a arrêté ses activités dans les années 40 et le village s’est vidé.
Ce n’est que dans les années 60 et 70 que des touristes curieux ont fait revivre le village. Des hippies se sont installés là et ont commencé à retaper quelques bâtiments avec l’aide de bénévoles. Aujourd’hui, Terlingua compte +/- 25 habitants.
Nous visitons cette ville plus si morte que ça, sous un soleil brûlant : l’église, l’ancienne école, le cimetière, quelques galeries d’art et d’artisanat installées dans de vieilles bâtisses et le « gift shop ». Les gens sont très accueillants. Nous retournons dans la fraîcheur du camping après avoir vidé notre dernière bouteille d’eau.

Il ne faut pas oublier que nous fêtons Noël dans ce beau parc de Big Bend et ses couvre-feux ! Nous nous chauffons à l’aide du four au gaz, tellement la température chute le soir et aussi parce que nous n’avons pas le droit de faire fonctionner le générateur. Ça non plus ce n’était pas prévu... mais on « fait avec ». On allume quelques bougies et le four, et l’alcool fait le reste. Les infortunes techniques ne nous empêchent pas de bien rigoler et de bien manger.

Par contre, aucun de nous ne s’est jamais couché aussi tôt un soir de Noël ! ;-)

Puis, arrive le jour du retour... il ne faut pas oublier de rendre ce tas de ferraille qui fait aussi office de maison mobile. Nous restons le plus longtemps possible dans le parc de Big Bend et prenons enfin la route.

Sur la route entre Big Bend et Fort Stockton, nos amis de la police texane nous attendent. On s’arrête sur le côté. Même scénario que la première fois : on descend, on montre nos papiers, pas de problème pour Sylvia et Bernard. Ils veulent vérifier nos permis de conduire louisianais. Ils rentrent dans le poste de police et en ressortent avec des mines de « toi, je vais t’avoir » ! Ils nous disent qu’ils ont trouvé les infos nécessaires à mon sujet, mais pas pour David. Je leur demande comment David ne pourrait-il pas être en règle si nous sommes mariés et que mon visa est un visa « d’accompagnant ». Je dis aussi qu’on a jamais eu de problème pour changer d’état, comme par exemple le Tennessee. Le gros me rétorque qu’on n’est pas « aux Etats-Unis » mais « au Texas ». Que voulez-vous répondre à ça ? Rien, bien sûr !
On leur explique notre contrôle précédent qui s’était bien passé, et le gros nous répond par un sourire narquois. Ils sont quatre et parlent entre eux en espagnol. Vraisemblablement des Texans d’origine mexicaine. On dirait des grands gamins dans la cour de récré qui vont s’amuser aux dépens des petits. Trois des quatre ont l’air de dire au gros narquois de laisser tomber. Nous leur expliquons ce qui nous a amenés en Louisiane etc. Rien à faire. Deux voitures de police déboulent avec quatre officiers. Ça y est, c’est le grand jeu ! Et après, quoi ? Starsky et Hutch vont débarquer ?
Ils nous demandent de quitter le mobilhome et un des gars monte à bord pour y faire un petit tour tout seul. Je ne sais pas ce qu’ils espèrent trouver ? Une famille de clandestins cachée dans le four ? Et si c’était eux qui nous refilaient un truc ? Et ils ne vérifient même pas les soutes.
Le gros demande à David de l’accompagner au poste et moi, je le suis. Ils ne m’ont rien demandé, mais ils ne me l’ont pas interdit non plus. Quand je rentre dans le poste, une flic qui vient d’apparaître demande à son collègue ce que je fais là et je fais mine de ne pas comprendre. La femme et son collègue sont des « rednecks » dans toute leur splendeur. David réexplique notre histoire et leur dit que les responsables louisianais nous avaient dit de ne JAMAIS nous promener avec nos papiers d’immigration. Qu’on en n’aurait pas besoin si nous voyagions sur le territoire des Etats-Unis. La réponse du flic-cow boy : « Si j’étais vous, je n’écouterais pas trop les responsable louisianais, il suffit de voir comment ils gèrent leurs affaires internes ! » Et paf ! prends-toi ça dans la face ! Ce n’est pas à ce moment que j’allais leur dire ma façon de penser. J’apprends assez vite, au fait, quand j’ai le droit de parole. ;-)
David est tout rouge et sa voix est tremblotante à l’idée de passer une nuit en tôle. « Il faudra attendre qu’un juge de l’immigration vienne jusqu’ici, mais avec les fêtes, ça pourra bien durer 3 jours... » Le scénario devient de plus en plus inquiétant. Je leur dis que je peux essayer de contacter la responsable de l’éducation de la paroisse où David bosse, mais le gros Mexicain ne veut rien entendre.
Tout d’un coup, je ne sais pas si c’est parce qu’on leur a scié les côtes et qu’on avait des têtes de gentils ou si pour finir Sergent Garcia a trouvé les infos nécessaires ou sous la pression de ses collègues, il laisse tomber et il nous rend nos papiers.
Toute cette histoire avait une odeur de mauvaise blague !

Nous retrouvons Sylvia et Bernard au soleil et reprenons enfin la route !

On roule pendant un jour et demi. Nous passons la dernière nuit dans un camping, le long de la route, rien d’extraordinaire.


Un petit aperçu de notre périple de 1200 Miles en mobilhome

Le comité d’accueil nous attend à Boerne lorsque nous rendons le mobilhome. Ces escrocs font un état des lieux vicieux. Ils trouvent des dégâts que nous n’avons pas causés. Et ils le savent très bien. Sylvia tient bon, elle essaie de discuter. Mais en vain. Bernard, David et moi avons déjà jeté l’éponge. Nous sommes rentrés dans la voiture, histoire d’être isolés de la présence physique de ce sale type que nous « encastrerions » bien.

Tout énervés et remontés contre cette injustice, nous reprenons notre voiture pour aller nous calmer à San Antonio. Heureusement, notre voyage texan ne s’achève pas sur cette note-ci. San Antonio, here we come !

Karin

A l'ouest d'Eden: http://www.karinetdavid.com/louisiane/sunny_xmas_in_texas/a_louest_deden.html