Karin Et David - Louisiane

mercredi, le 10 mai 2006, 07h04

I remember... the Alamo

r ats des villes à Houston, puis renards du désert à Big Bend, nous avons décidé de nous la jouer coqs en pâte à San Antonio. Et c’est à peu près comme ça que ça s’est passé.

l a ville, considérée comme la « petite Venise du Texas », est toute entière dédiée aux 20 millions de touristes qui en sillonnent les rues et les canaux chaque année. À propos de tourisme, nous avons un peu loupé le coche, vu qu’on n’a même pas visité l’attraction numéro 1 de San Antonio :
le mythique Alamo. Là même où Davy Crockett est mort. Mais les files kilométriques nous ont quelque peu refroidis.
Et puis, la seule fois où j’ai entendu parler de l’Alamo, c’est dans le film « Pee Wee’s Big Adventure » de Tim Burton. Dans ce film, Pee Wee qui s’est fait voler son vélo dans le New Jersey est désespéré. Il va voir une voyante qui lui raconte que son vélo se trouve à San Antonio dans les caves de l’Alamo. Le pauvre garçon traverse le pays pour s’y rendre. Dépité, il se rendra compte au terme d’une visite guidée grotesque qu’il n’y a pas de cave à l’Alamo. Si vous êtes toujours en train de lire, vous aurez donc compris que l’Alamo, c’est un peu comme si je l’avais vu, non ?

La ville est donc très touristique, et y loger coûte en toute logique relativement cher. C’est pour cela que nous avons opté pour un gîte dans les faubourgs de la ville, quelques miles à l’ouest, dans le village de Castroville. Rien à voir avec le célèbre dictateur/libérateur cubain, Castroville est aussi surnommée la Petite Alsace. Et on comprend assez vite pourquoi. Les maisons à façades en colombages, les pancartes avec des noms allemands, les restaurants et boulangeries alsaciens, rappellent que ce ne sont pas des Mexicains qui se sont installés ici il y a deux siècles. Bref, pas vraiment le cliché d’un bled du sud du Texas.

La maison d’hôte où nous logeons est un bâtiment ancien (ça, c’est bien) située dans un parc naturel historique (ça aussi, c’est bien), lui-même situé au bord de la seule autoroute du coin (ça, c’est déjà beaucoup moins bien). Vu que les châssis et fenêtres de la chambre sont d’origine et que l’autoroute ne désemplit jamais, les nuits sont plutôt bruyantes. Le mobilier est aussi d’époque et ça a beaucoup de charme, par contre les lits sont pour le moins inconfortables. Mais bon, dans l’ensemble on ne peut pas trop se plaindre. L’endroit a vraiment du charme, la vue qu’on a du balcon sur le parc est très belle. Et on peut même observer de tout près des colibris en sirotant le café du matin.

Le petit village alentour vaut bien une promenade que nous lui accordons pendant une matinée. Les rues sont très mignonnes et très calmes. Plus assez au goût de certains locaux qui ont l’impression de vivre les dernières années de quiétude de leur petit coin de paradis. Selon eux, à la vitesse où San Antonio s’étend, elle aura vite fait d’engloutir Castroville. Qui risque au passage de perdre un peu de son cachet « alsacien ». Ou d’en faire un argument touristique de choix. On a vite fait le tour du village et de ses quelques brocanteurs.

Et on est fin prêts à goûter aux délices et aux fastes de San Antonio, dont on espère qu’ils sont à la hauteur de sa réputation. Une bonne demi-heure de route et nous voilà au cœur de la cité. Nous sommes contraints de laisser la voiture sur un parking payant, vu qu’on n’est pas les seuls à avoir eu l’idée de venir ici aujourd’hui.
L’avantage, c’est qu’on est vraiment au centre-ville. Et ça fait du bien, une ville avec un centre. Avec des trottoirs et des gens qui se promènent dessus. Et puis avec des échoppes et des boutiques sur les côtés. Et de l’animation aussi. Ça peut vous paraître bizarre ou ridiculement banal, ce que je vous décris là. Mais c’est loin d’être courant dans les villes du sud des Etats-Unis. Donc on se laisse happer puis avaler par cette ville directement très agréable.

Les décors sont multiples : il y a le quartier plus administratif et moderne, avec ses bâtiments plus hauts et modernes, ses artères plus larges. Cela dit, ce qui donne un cachet particulier à San Antonio, c’est qu’il y a très peu de gratte-ciels. Un peu comme à Austin. Tout cela est bien moins oppressant et surtout beaucoup moins froid que Houston. La plupart des grands immeubles que nous voyons sont anciens, et font penser à l’architecture américaine glorieuse du début du 20e siècle. À l’idée qu’on peut se faire du vieux New York ou du vieux Chicago. Des vieilles façades de brique, quadrillées de fenêtres, avec ces escaliers de secours métalliques qui n’ont pas fini de me fasciner. Beaucoup d’hôtels, de bureaux et de bâtiments industriels, ornés çà et là de bien belles et incongrues gargouilles qui leur donnent parfois une allure gothique.
Quelques cinémas ou théâtres, parfois recyclés en autre chose, mais au charme intact.
De vieilles publicités peintes sur les côtés, délavées par le soleil, parfois recouvertes, puis redécouvertes grâce au temps et à l’usure.
Et puis, il y a aussi ces constructions quelconques, souvent de plain pied : des snacks, des épiceries ou des garages, embellis et sauvés par une remarquable enseigne.

Il y a le quartier historique, avec son architecture sous influences espagnole et mexicaine. Influences plus qu’historiques, vu que la moitié de la population actuelle (1.200.000 habitants) est hispanophone. Bref, on entend bien plus parler espagnol ici, que français où que ce soit en Louisiane. Réalité linguistique et culturelle qui déplaît souverainement à bon nombre d’Américains. Il est d’ailleurs question ces derniers mois dans la presse, d’un projet de construction de mur de béton tout le long de la frontière mexicano-yankee. C’est drôle, mais ça me rappelle quelque chose...
En attendant, un important rond-point de la ville exhibe un très haut monument tout rouge. C’est une sorte de ruban métallique droit en-dessous, et joliment courbé et tordu au-dessus. Il symbolise l’amitié et les excellentes relations entre les Etats-Unis et le Mexique. Ça fait sourire...

Enfin, tout ça pour dire que ça nous fait du bien d’entendre parler autre chose que l’anglais et de se retrouver dans une ville métissée culturellement et humainement.
On s’y promène pas mal, dans les alentours directs de l’Alamo – qu’on a même oublié de photographier ! On visite le marché mexicain, véritable fourmilière de touristes, vu qu’il n’y a que des magasins de souvenirs et autres babioles locales, fabriquées en Chine ou à Taiwan... On finira d’ailleurs par faire à peu près tous les magasins de souvenirs que compte la ville, vu que Bernard veut absolument acheter un crâne de « longhorn », ces vaches texanes à très longues cornes. Celui qu’il finira par trouver est vraiment très beau. Dans le genre, on peut aussi acheter un jackalope empaillé, animal mythique du Texas, qui résulte du croisement improbable entre un jackrabbit et une antilope. Les Texans en sont fous (preuve, s’il en faut une, qu’ils ont de l’humour) et on en voit un peu partout.

Le troisième décor ou quartier de la ville, pour moi, c’est le « river walk » ou littéralement la promenade le long de la rivière. En gros, c’est le quartier qui entoure les quelques 4 kilomètres de la San Antonio river, aujourd’hui canalisée. Avec des chemins joliment pavés le long des deux rives. Où on peut se promener des heures durant, à l’ombre des cyprès, chênes et saules centenaires. Et en contrebas des rues du centre de la ville. Souvent à l’abri du bruit et du tumulte des grands boulevards. Un endroit très agréable, donc. Et un véritable must pour les amoureux au pays de l’Oncle Sam. C’est leur Bruges à eux, en quelque sorte. Avec le soleil assuré en prime, quelle que soit la saison.

En fin d’après-midi, on prend un bateau blindé de touristes (comme nous) pour une visite guidée. Le guide est un amuseur de galerie à la tchatche bien rôdée et huilée. Et ici, ça plaît beaucoup. On n’est pas trop fans, mais ça ne nous gâche pas la visite pour autant, et on lui donnera même un pourboire. Une fois le soleil couché, le spectacle est tout bonnement féerique : il y a des tonnes et des tonnes de loupiotes accrochées à tous les arbres. Façades et sommets d’immeubles brillent aussi de tous leurs feux pour compléter le bien joli tableau. Il y a bien entendu des tronçons du « river walk » qui grouillent de monde à toute heure du jour ou de la nuit, comme les terrasses des innombrables restaurants. Il y en a d’autres où l’on se sent presque seul au monde. Pendant la balade, on longe une scène sur laquelle de vieux rockers reprennent – pas trop mal – un tube inusable de Dylan. On nous explique que ce podium a servi au tournage du film « Miss Congeniality », pour la scène du concours de bikini. Et on s’en fout un peu. Pas vous ?

On passe aussi à côté d’un immeuble qui a l’air épais et plat comme une feuille. L’espace d’un instant, on a l’impression qu’il pourrait nous tomber dessus. Mais l’illusion ne dure pas et on se rend bien vite compte qu’il s’agit d’un véritable immeuble, et non d’une façade en carton-pâte.

Niveau restos, la ville est plutôt bien achalandée, tourisme oblige. Le premier soir, nous mangeons au Liberty bar. La bâtisse fin 19e est superbe et elle penche de tous côtés. Au début, cela donne l’impression d’être une illusion d’optique, ou une franche réussite au niveau de la déco. Mais après une bonne observation des lieux, on se rend bien compte que ça penche vraiment. Plafonds, murs et planchers tanguent bel et bien avant même qu’on ait ouvert la première bouteille de vin. Ce bâtiment a une longue histoire : il fut entre autres une brasserie, un saloon, un bar clandestin pendant la prohibition et ... un bordel. Aujourd’hui, on y mange très bien. Le restaurant est situé dans un quartier réputé dangereux de la ville, nous n’y faisons donc pas de promenade digestive.

Le soir du réveillon de nouvel an, nous mangeons en terrasse (!!!) à l’Azuca, un restaurant qui mélange nouvelle cuisine et tradition tex-mex. Le maître d’hôtel est suisse, connaît bien Bruxelles et nous parle en français. La nourriture est excellente, le menu de nouvel an semble ne jamais se terminer et les plats qui se succèdent rivalisent de saveur. L’addition, quant à elle, est extrêmement salée. Mais bon, comme dirait James Bond : « On ne vit que deux fois ». On ne verra – hélas – pas le fameux feu d’artifice de nouvel an, on ne fera que l’entendre, vu qu’un brouillard épais a commencé à planer au-dessus de la ville une heure avant l’heure H et jusqu’au lendemain matin. On a d’ailleurs un peu flippé lors du retour à la maison d’hôte, vu qu’on ne voyait pas à cinq mètres dans cette purée de pois.

Dès qu’on sort du downtown, on arrive dans des quartiers beaucoup plus calmes.
Dans l’un d’entre eux, le King William District, on peut admirer les demeures les plus cossues et les plus anciennes de la ville. On ne croise absolument aucun piéton, car la plupart des gens qui font la même promenade que nous, la font en voiture et ne s’arrêtent que pour les photos. Qu’ils prennent en baissant la vitre, naturellement. Les styles architecturaux varient, mais témoignent tous de l’opulence dans laquelle vivent les autochtones. Ça fait rêver et c’est vraiment très très beau. Et c’est étonnant de trouver un endroit si calme à un saut de puce du downtown très animé.

Au bout de ce quartier, il y a la Guenther House . Une maison de style Art Nouveau, construite par la famille Guenther, riches propriétaires de moulins à farine. Moulins aujourd’hui reconvertis en une gigantesque usine, juste derrière la demeure, où on fabrique toujours de la farine.
La Guenther House est devenue un salon de thé, dans lequel on peut déguster le petit-déjeuner le plus prisé de San Antonio. Pour ce faire, il faut s’armer de patience, ce que nous avons fait. Car la file d’attente, le dimanche matin, est de minimum 3/4 d’heure ! Cela dit, on ne l’a pas regretté. C’était très bon, mais beaucoup trop copieux. Même affamé, je n’ai pu engloutir que la moitié de mon petit dèj’, et ce largement à l’heure du brunch. Ça en dit long sur les habitudes alimentaires américaines. Cela dit, pour une fois que quantité rimait avec qualité, on n’allait pas se plaindre...

Tout près de là, on ira prendre un apéro dans une église transformée en café-théâtre par des propriétaires homosexuels fantasques et plein d’imagination. Le côté iconoclaste nous séduit beaucoup. Le personnel est très sympa et nous fait visiter le bâtiment et la salle de théâtre, évidemment très kitsch. On serait bien resté pour le spectacle, mais celui-ci est complet pour ce soir. Et puis, on ne peut pas dire que Bernard maîtrise vraiment la langue de Shakespeare, ou de John Wayne.


Le lendemain, on se promène dans un autre quartier, le Southwest, beaucoup moins cossu, mais beaucoup plus bobo. Assez branché et jeune. Hispano et américain. Avec de nombreuses galeries d’art, de magasins de déco et de boutiques de fringues. Le quartier semble dater d’entre les années 40 et 50 et ne manque pas de cachet. C’est un des commerçants de ce quartier qui nous conseillera le resto du nouvel an. D’après lui, celui que j’ai coché dans le guide tient plus de la cantine familiale. L’homme a du goût, on décidera donc de se fier à ses conseils.

Le bon goût prédomine assez bien d’ailleurs dans toute la ville qui donne (comme Austin d’ailleurs) un autre visage à ce Texas tant honni et caricaturé dans notre bonne vieille Europe. Nous y avions emmené tous nos préjugés. Et force est de constater qu’ils y ont fondu comme neige au soleil.

David

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