Karin Et David - Louisiane

jeudi, le 23 mars 2006, 19h00

Macadam Cowboy

h ouston 17-21 décembre 2005

Le 17 décembre fut, pendant les quelques premiers mois passés ici, comme une sorte d’oasis. Quelque chose qu’on se languissait d’attendre. D’abord, c’était la borne qui marquait le milieu de notre séjour ici. Le moment où nous serions aussi loin de l’aller que du retour. Le moment où nous pourrions nous dire que nous aurions vécu le plus dur, et qu’à ce stade, nous poursuivrions l’expérience jusqu’au bout.
Le 17 décembre est aussi la date où nos amis Sylvia et Bernard ont atterri à Houston, à 3 petites heures à peine de chez nous, pour venir nous rendre visite pendant deux bonnes semaines. Vous pouvez donc imaginer la joie que nous nous faisions d’y arriver enfin.

n otre programme pour les 2 semaines de Noël est simple : parcourir le Texas du sud-est au sud-ouest. Et puis retour. Notre périple débutera à Houston, capitale économique et 1er port du Texas, haut lieu de la Nasa et 4e plus grande ville des Etats-Unis. Ensuite, nous nous dirigerons vers San Antonio, foyer historique de l’Alamo et Venise du Texas. Nous y louerons d’abord un RV (mobilhome) pour nous rendre au parc Big Bend, gigantesque parc national le long du Rio Grande, à un saut de puce du désert Chihuahua et donc du Mexique. Nous camperons là pendant quelques jours avant de repartir vers San Antonio dont nous prendrons le temps d’explorer tous les recoins avant de terminer les vacances sur l’île de Galveston, ancienne capitale texane au nord-ouest du Golfe du Mexique.
Bref : bitume, désert, dolce vita et plage. Tout ça en 2 semaines et sur un territoire un peu plus grand que la France, dont la frontière se trouve à une 1/2 heure à peine du no man’s land où nous nous sommes habitués à vivre.

Les comptes rendus risquent d’être longs. Donc nous nous efforcerons de faire court. Tout en essayant d’omettre le moins de détails. Pour nous, d’abord. Pour Sylvia et Bernard qui y étaient aussi. Et pour vous aussi, chers lecteurs, que nous invitons au passage à revoyager avec nous par la même occasion.

L’histoire commence donc un samedi, 1er jour des vacances de Noël.
Nous sommes un peu fatigués. Mais impatients et presque fébriles.
Ce sont de vraies vacances qui commencent : on ne bosse pas, on se casse loin de Lake Charles et on retrouve des amis du pays. Extase.
Nous partons bien à temps, et arrivons sans trop d’encombres à l’aéroport international George Bush de Houston. Là, au bout d’une heure, nous apercevons les visages de Sylvia et Bernard. Ils n’ont pas changé, nous non plus visiblement.
Embrassades, grands sourires, émotion. On charge la voiture, direction l’hôtel. Pour ne pas prendre de risques on a choisi un hôtel de la même chaîne que celui d’Austin : Drury Inn. Celui-ci est à nouveau situé sur un zoning d’hôtels, au bord du périphérique de Houston. Pas de surprise donc. C’est tout à fait correct et j’ai réussi à négocier les chambres à la moitié du prix. On dépose les valises et on va se boire un premier apéro (gratuit) dans le lobby de l’hôtel. Première bonne nouvelle : ici, contrairement à Austin, les apéros sont buvables et même plutôt bons.
Sinon, de l’hôtel, on a aussi une très chouette vue sur un « diner », le Dixie’s. Tout en inox et en longueur, illuminé jour et nuit, avec les banquettes à l’intérieur en chrome et skaï, comme dans toute teenage comedy américaine des années ’50. Malheureusement, il est fermé. Et attend repreneur.

On se met d’accord pour aller manger dans un restau viêtnamien dans le quartier chinois de Houston. Celui-ci est plus qu’honnête : on y mange très bien et pour pas cher. La preuve, c’est plein et il y a beaucoup d’Asiatiques parmi les clients.
http://www.maisrestauranttx.com/

À l’aller et au retour, on a notre premier aperçu de Houston by night.
La skyline est imposante et illuminée. Le downtown, très administratif, est désert. Comme les nombreux autres axes que nous empruntons. Aucune présence humaine. Juste une voiture de temps en temps. Les clochards, où qu’ils dorment, sont bien cachés dans cette ville propre et brillante de l’Amérique victorieuse.

Les jours qui suivent, nous passons le plus clair de notre temps à folâtrer dans le downtown de Houston. La promenade est souvent vertigineuse, qu’on soit au pied ou au sommet des innombrables gratte-ciels. La skyline de Houston telle qu’on peut la voir aujourd’hui est assez récente. La ville a poussé très rapidement grâce à l’argent du pétrole texan.

L’architecture postmoderne très audacieuse de la ville donne à sa skyline un caractère très particulier. Bon nombre de gratte-ciels rivalisent d’originalité et on se délecte des libertés qu’ont prises ici les architectes qui ont donné à Houston ce visage si singulier. On rencontre un couple de Français retraités qui vivent ici depuis 25 ans, ils nous promènent pendant quelque temps le long de la rivière, nous font entrer dans l’énorme opéra de Houston et nous en disent un peu plus sur l’histoire de la ville et sur ce qui les a attirés et retenus ici. En gros, on devrait trouver de quoi s’occuper tant ce que la ville a à nous offrir est alléchant. On devra même sans doute y revenir ! Ça tombe bien, ce n’est pas loin.

Nous entrons aussi dans de nombreux bâtiments : hôtels, bureaux, hôtel de ville... histoire de les voir de l’intérieur ou de prendre les ascenseurs souvent situés à l’extérieur, le long de la façade, comme dans la Tour Infernale. En plus, ceux-ci sont évidemment vitrés, ce qui nous donne l’occasion d’avoir une vue imprenable pour pas un rond ! On se balade aussi comme de sales gamins dans les hôtels, et on se dit qu’on risque à chaque instant de se faire virer par un vigile. Mais il n’en est rien. Les gens que nous croisons nous disent bonjour avec le sourire.
Nous visitons aussi le gratte-ciel le plus haut de Houston (et du Texas), la Chase Tower, du nom de la banque où nous avons un compte : ils nous doivent bien cela.
Cette tour, qui est le 9e immeuble le plus haut des Etats-Unis, n’a absolument rien d’original, elle est même plutôt moche et banale contrairement à la plupart des autres immeubles de la ville. Par contre, la vue qu’on a sur ces derniers et sur le reste de la ville est à couper le souffle. On peut monter gratuitement au 60e étage de cette tour qui en compte 75 au total. L’étage en question est dédié aux visiteurs qui veulent profiter du panorama. Je ne m’approche pas trop de la vitre, vu mon vertige. Ou alors à reculons, juste le temps d’une photo.
http://en.wikipedia.org/wiki/J.P._Morgan_Chase_Tower,_Houston

On se promène donc beaucoup dans les rues, le long de trottoirs souvent déserts de jour comme de nuit. On déambule aussi dans les nombreux immeubles qui nous ouvrent leurs portes, sur leurs terrasses, aménagées pour les pauses café et cigarettes des bureaucrates, qui offrent une belle vue sur les larges avenues de la city. On va au sommet (ou presque) de quelques uns d’entre eux. Et on peut même se balader ... en dessous d’eux ! Presque tous les immeubles du downtown sont reliés entre eux par une véritable fourmilière de galeries qui totalisent 7 miles (soit 12 kilomètres !) Celles-ci permettent à tous les employés desdits immeubles de manger, de boire un coup, de faire leurs courses, d’aller chez le coiffeur, au salon de massage, à la salle de fitness, etc. On y reste un peu moins d’une heure, curieux, mais vite rebutés par le caractère oppressant de cet endroit bruyant et d’où on aperçoit jamais la lumière du jour.

On laisse donc tous ces bureaucrates vaquer à leurs très sérieuses occupations, vu que nous, on est en vacances. Et qu’on a mieux à faire.
Par exemple observer les merles argentés, omniprésents dans cette ville comme dans tout le sud des Etats-Unis. Volatiles hitchcockiens très haut sur pattes qui poussent des cris stridents tout droit sortis de Star Wars. Et qui squattent chaque arbre, buisson, ou ligne électrique de la ville.

Phénomène curieux dans ce downtown très chic, bureaucratique et yuppie, on zappe très vite d’une rue très cossue avec ses promeneurs rupins, à un coin, ou tout un tronçon plutôt patibulaire, souvent d’un seul côté de la rue. Et avec notre bol, ça ne rate jamais, on est toujours sur le trottoir où il ne faut pas. Alors on essaie d’éviter les regards vitreux, usés par l’alcool bon marché et embués par le crack, des junks, des putes et des dealers, souvent assis sur des bancs à des arrêts de bus, feignant d’en attendre un. Et on passe notre chemin. Puis on note le tronçon sur la carte, et on retient qu’il faut éviter de passer par là. Surtout le soir.

Dans un parc à la lisière du downtown ultra-urbain, on découvre le vieux village reconstitué, son église et ses maisons tout droit sorties de « La petite maison dans la prairie ». Bucolique à souhait et qui offre un superbe contraste photographique avec la skyline à l’arrière-plan. Cela dit, ce n’est plus vraiment un village. C’est un musée. On peut en visiter chaque maison, c’est assez cher et vraiment pas transcendant. On a plutôt opté pour la balade champêtre dans le parc, gratuite et beaucoup plus agréable.

Sinon, il y a quelques quartiers non-bétonnés à un saut de puce du downtown. Ils sont très calmes, ombragés, pleins d’arbres. Avec des petites maisons en bois colorées. Comme dans le sud, où on a presque oublié qu’on se trouvait.

À Houston, il y a aussi quelques lignes de tram. Elles permettent de s’éloigner un peu du downtown ou de traverser celui-ci. Les trams sont bien plus modernes que ceux de Memphis, et bien plus empruntés aussi. Le décor change assez brusquement dès qu’on sort du downtown. On croise des quartiers défavorisés, avec des immeubles délabrés et squattés, des commerces fermés et des visages qui ne nous donnent qu’une envie : rester dans le tram. Un peu comme quand on sort de Paris et qu’on se retrouve dans certains coins de Seine St-Denis.

Notre objectif du jour est de nous rendre dans la partie de la ville dédiée aux musées. En effet, à Houston, il y a un véritable zoning de musées. Histoire de pouvoir tous les traverser le plus vite possible, sans doute. Nous descendons à un arrêt qui ne nous semble pas trop loin du début de ce zoning. Nous passons une bonne heure à nous promener dans un très chouette parc, véritable paradis des écureuils, pas farouches du tout. Nous avons aussi la naïveté de demander à plein de gens où se trouvent les musées que nous cherchons. En vain.

Un type qui a l’air de savoir ce qu’il dit nous conseille de traverser les deux terre-pleins d’un boulevard qui longe le parc et de remonter celui-ci. Très mauvaise idée.
Nous nous retrouvons en plein territoire de clochards, un peu comme dans « The Fisher King », mais en vrai. Au détour de chaque buisson, à chaque endroit où nous n’avons pas envie de regarder, il y a un clochard, ou un « campement » de fortune.
En plus, on se retrouve vite au milieu de nulle part. Bref, on se tire rapidement de là. Un peu hilares, nerveux et pas très rassurés. On finira par trouver les musées qui nous intéressent, mais ceux-ci sont fermés. Pas grave.
Le lendemain on y retourne et ça en vaut vraiment la peine.
On commence par le musée d’Art Contemporain, pas très grand, mais avec de très chouettes expos. http://www.camh.org/

Une retrospective d’Andrea Zittel, une artiste américaine multidisciplinaire, qui excelle dans chacune de celles où elle s’illustre. De l’illustration, au graphisme en passant par le stylisme, le design et l’architecture.
Ce qui me plaît surtout ce sont ses « cellules d’espace vital essentiel », des caravanes, des pavillons, des véhicules d’évacuation ou de survie, tous minuscules, peu plausibles et pourtant terriblement intrigants. Tout cela est en plus bourré d’humour. Par exemple, dans un des véhicules de survie, matelassé du sol au plafond de velours noir, il n’y a qu’un bar pourvu d’un shaker et deux verres. Et une chaîne hi-fi !
Vous pouvez aller faire un tour sur son site, véritable galerie virtuelle et jeter un œil à ses œuvres (rubrique « works »), ça vaut le coup d’œil. http://www.zittel.org/

L’autre expo s’intitule « It’s only rock’n’roll » et est en fait une collection de photos de monstres sacrés du rock’n’roll, de Buddy Holly à Nick Cave. C’est plus convenu, déjà vu, mais la collection est impressionnante, les photos très belles et souvent familières parce que reprises sur de nombreuses pochettes d’album. Les noms des musiciens ne sont pas écrits sous les photos, donc on s’amuse à essayer de tous les retrouver.
Bref, si vous passez par Houston, allez jeter un œil dans ce musée. Il est très beau, agréable, lumineux et gratuit. En plus, les gens y sont charmants et très accueillants. Et pour une fois – et c’est pas toujours le cas – c’est même pas péteux. Mais bon, c’est vrai qu’on est pas à Paris non plus, on est chez les cowboys et pour une fois, c’est pas plus mal.

Au Museum of Fine Arts, on va voir la rétrospective Basquiat. La plus grande jamais organisée. Avec une collection impressionnantes d’œuvres souvent monumentales sur tous types de supports. On en a vu une l’an passé à Paris, au musée Maillol, qui était déjà très bien. Mais ici, il y a facilement 2 fois plus d’œuvres. Tant mieux.
Via le premier lien ci-dessous, vous pouvez visiter un superbe site très complet sur Basquiat, sa vie, son œuvre, réalisé à l’occasion de l’expo.
http://www.basquiatonline.org/
http://www.mfah.org/main.asp?target=exhibition&par1=1

Après ces deux visites, on va se promener dans un musée en plein air, un jardin plein de sculptures. Et on s’amuse à prendre des photos à la con. Potaches...
Un peu dans le genre de celle prise à côté de George Bush (le père) dans un parc entièrement dédié à sa grandeur, comme l’aéroport international de Houston qui porte son nom. On a aussi bien flashé sur les statues du Visitors Centre, dans le downtown, visages superposés qui changent selon l’endroit d’où on les regarde.

On passe également un après-midi dans la « Galleria », le mall gigantesque de Houston. Passage obligé pour tout Européen désireux d’avoir une idée de ce qu’est la consommation au pays de l’Oncle Sam. Des centaines de boutiques donc, vendant les trucs les plus incongrus. Une véritable fourmilière humaine, où on communique avec ses cartes de crédit.

Mais si on doit retenir un endroit un seul de tous ceux où on est passés à Houston, ce sera probablement « La Carafe ».

Un café beat du downtown, haut lieu de la nuit houstonienne. Timothy Leary et Allen Ginsberg y sont passés avant nous. Le rade est classieux et pourrait se trouver à Paris, Londres, Bruxelles ou Prague. L’endroit à une âme, à des lieues de tout le tralala préfabriqué d’ici. Le patron est francophile (fait rare pour un Texan), d’où le nom et la photo de Piaf & Cerdan dans la cage d’escalier.
Il y a un juke box aussi, avec du Johnny Cash, du Tom Waits, du Dylan et de nouveau du Piaf. Le soundtrack idéal pour une bonne soirée arrosée et détendue.
Les piliers de comptoir sont très sympas et veulent à tout prix engager la conversation. L’un d’entre eux est un vrai beatnik à la Kerouac. Il me parle longuement de son Texas. Celui dont il a sillonné les routes les plus improbables. Il me parle d’une cabane, où il va se réfugier de temps en temps, comme Jack dans « Big Sur ». Nous parlons aussi de Johnny Cash, de Willie Nelson, de Townes Van Zandt et de leur vision de ce sud mythique et du Texas tel que je l’imaginais avant de venir.
Il me parle alors de Big Bend, le parc où nous comptons nous rendre, où selon lui, il faut camper avec un confort minimum, genre canadienne et sac de couchage. Et où seule la rudesse de l’expérience lui donne tout son sens. Je lui dis qu’on y va avec un mobilhome 12 mètres, fully equipped, et nous éclatons de rire.
« Il faudra revenir alors ! », me dit-il.
Et je me dis déjà qu’il a raison.

David

Macadam Cowboy: http://www.karinetdavid.com/louisiane/sunny_xmas_in_texas/macadam_cowboy.html